mardi 18 septembre 2007

De Passage

chroniques dominicales


La semaine dernière, une preuve supplémentaire est venue s’ajouter à mon état de vieillesse. Jadis, il y a déjà eu les lendemains de veilles plus pénibles, qui m’avaient souligné poliment ma vingtaine avancée. Et là, le coup fut plus dur. J’ai commencé à confondre mes souvenirs. Pas un simple oubli dans une histoire si souvent répétée, mais une histoire entière faisait défaut à ma mémoire. C’est pas facile à accepter, mais il y a des moments tellement loin, qui ne sont plus souvenirs, parce qu’ils ne sont plus tout court.

Dans ce nouveau soubresaut de vieillesse, j’ai pris conscience qu’au-delà des événements oubliés, il y a les gens faisant parties de ses histoires, qui prennent le bord aussi. Naturellement, je peux me faire bonne conscience en me répétant que si j’ai effacé certaines personnes de ma mémoire, c’est parce qu’elles n’y avaient pas de place. Pourtant, dans le nombre étourdissant de gens côtoyés, rencontrés et avec qui j’ai échangé une poignée de main, il y en a qui mérite que je me rappelle d’eux.

Chose sûre, une fois qu’on refait retour en arrière sur notre vie, certaines de ses personnes ne représentent qu’un bref passage. Un passage, qui quelques fois, change le cours de nos pas.

J’ai encore une image claire de ma gardienne, m’emmenant au restaurant du centre d’achat (en plein durant les heures d’école) et de sa façon de me faire sentir à ma place à une table constituée d’adulte. J’ai aussi souvenir de mon école primaire, enclavée à Cartierville. Quelle découverte pour un jeune de huit ans de la banlieue, que de soudainement se mettre à danser sur de la musique rap avec une grecque, un haïtien et une pakistanaise. Et c’est dans cette cour d’école que j’ai réellement pris goût au soccer. Avec mon ami Hervé, on formait un duo à l’attaque pas négligeable (à moins d’affronter les sixièmes années).

Il y des souvenirs qui ne sont que des souvenirs, mais dans certains, il y des passages qui ne nous laissent pas les mêmes.

Pour certains, ce passage, sera celui de Passe-Partout à la télé. Pour d’autres, ça sera un professeur, un colocataire ou une voisine pas mal cute. Parce qu’en plus, le passage est de tout ordre : intellectuel, éthique, sexuelle, physique. Au bout du compte, ce qui en reste, c’est un changement.

Avec le recul, je réalise que plusieurs personnes ont passé dans ma vie. Chacun d’eux m’a apporté quelques choses propres à eux. Il y a eu des passages de courtes durées ; mon premier baiser, mon premier slow, une copine, un collègue de travail. Parfois, sous forme de discussions, parfois sous forme d’action et des moments où rien d’autre que le silence. Mais ces passages m’ont amené jusqu’ici. Et ça, c’est sans prévoir où me mèneront les prochains.

Il y a aussi les passages plus longs. Ceux qui s’étirent sur une plus grande période de notre vie. Ma mère, mon père, mes sœurs, ma copine, mes amis. Ceux-là dont le passage ne semble jamais sur le point de partir. Ceux-là dont le passage implique du même coup le mien. Ceux-là qu’on oublie plus difficilement pour cause de n’être jamais vraiment partie.

Il y a plusieurs personnes que je ne recroiserai jamais plus dans ma vie (aussi triste que cela peut être). De ces personnes, beaucoup auront eu un impact sur ma vie. Que ce soit pour mon amour de la photo, du jogging, de la lecture, de la musique, de films étranges, de randonnées, d’observation urbaine…

Dans ce moment où mes souvenirs entrent en triage ; ceux qui restent, ceux que j’oublis, je trouve ça rassurant de réaliser que même oublié, un passage laisse des traces beaucoup plus marquantes, que les simples anecdotes du passé.

jf daunais

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