mardi 18 septembre 2007

Essayer de faire bien

chroniques dominicales


Ça aurait pu être une raison idéale, mais ça serait vous mentir. Si ma chronique est retardée de quelques jours, c’est par pure paresse. Mais le mensonge qui aurait pu me desservir : je suis parrain depuis dimanche.

C’est un honneur que d’être nommé parrain, même si après tout, ce n’est qu’un titre. Parce que derrière le standing du parrain, il y a beaucoup plus. Nettement plus que le cadeau qu’il faut absolument donner. Plus que le simple titre légal. Derrière cette responsabilité, il y a autre chose. Du moins, c’est ce que j’y vois.

J’y vois quoi? Une toute petite fraîchement débarquée dans la vie, qui va me regarder avec ses grands yeux remplis d’explorations. Cette p’tite là, va ben falloir que je lui dise quelque chose un jour ou l’autre. Que je répondre à une ou deux de ses questions. Va ben falloir que je montre un peu de signes de responsabilité. Que je complète une éducation qui ne sera ni parentale, ni scolaire et ni télévisuelle. Je vais lui raconter quoi moi?

On risque de commencer par le silence. D’abord celui entre toi et moi. Écoute petite, tu n’entends rien. C’est bien normal, c’est à ça que ressemble le silence. Tu vas voir ça n’arrive pas souvent. Et bien assez vite, tu voudras parler. Et là les choses vont prendre une autre tournure.

De quoi veux-tu que l’on cause? De musique. Pourquoi? Tu risques de te foutre de ma gueule assez rapidement, avec mes choix dépassés. Mais bon, je me mets au défi de te faire aimer la voix grave et apaisante de Cohen où la délicatesse tristounette de Buckley. Pour Desjardins et Cash, je laisse ça à tes parents. Prépare-toi la p’tite, je te réserve des mixtes pour les années à venir.

Et un jour, tes parents te feront comprendre ce que ton parrain fait de ses semaines de travail. Là, tu voudras que je t’écrive un rôle sur mesure pour tes aspirations d’actrices. On jouera à faire du théâtre avant le dodo et je t’inventerai des histoires pas possibles jusqu’à ce que tu sois en âge de tout remettre en doute. Et quand je serai en manque d’inspiration, je te raconterai l’actualité de la journée par le biais d’histoire de châteaux, de pirates et de chevaleries.

Je te trouverai des surnoms différents à chaque nouvelle rencontre et tu me poseras des questions pièges (que tu auras préalablement posé à tes parents). Tu valideras tes réponses. Et quand tu me parleras de l’amour, tu auras droits à mes mille et une théories en rien scientifiques sur la question. Je te dirais tout le bien et tout le mal de l’amour et ce garçon qui te tourne autour à l’école, de lui foutre un coup pied au cul. Dans mes histoires, la princesse n’attendra pas naïvement son prince charmant.

Ton parrain à ses qualités et ses défauts. Je ne serai donc pas un gage de vérité. Je serai juste une personne de ton entourage qui voudra que tu deviennes une fille bien. Bien comment? Bien comme on le découvrira en te voyant vieillir. Peut-être bien comme première de classe, peut-être bien comme jeune fille à la mentalité originale. Mais disons que tu sois assez bien pour éviter que tu me traites de vieux cons à tes quatorze ans.

Et même si je souhaite te voir devenir bien-je-ne-sais-pas-comment, je ne pourrais pas t’empêcher de faire tes milles et une connerie de jeunesse. Et probablement que si tu me les racontes, je poufferai de rire. Je relativiserai le tout par une phrase de vieux croûton : « que jeunesse ce passe ». Tu poufferas de rire à ton tour.

En fait, mon éducation sera en rien concrète. Tout ce que je pourrai réellement t’offrir, c’est une vision très personnelle de la vie. C’est souvent peu de chose. Observer les gens sur la Sainte-Catherine, jouer au roi de la montagne, te donner la permission de te coucher plus tard que prévu et de te faire goûter les délices du vin en cachette. Mais ça, c’est un secret entre toi et moi.

J’ai eu beau fouiller dans les bibliothèques, googeler le sujet, m’informer dans mon entourage, je n’arrive à aucune réponse sur « comment être le parrain idéal ». Nous sommes donc les deux devant l’inconnu (peut-être pas autant que toi qui vis tes premiers jours). Nous nous expérimenterons un et l’autre. Les deux sur la même longueur d’onde et en même temps placé à deux extrémités. Toi qui me trouvera vieux et moi qui te trouverai jeune. Quelque part entre ces deux pôles, on se trouvera une place qui nous unira un peu.

jf daunais

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