mardi 18 septembre 2007

La bête humaine

chroniques dominicales


Il y a cinquante-deux samedis dans une année. Cinquante-deux opportunités, projets prévus à l’avance, souper entre amis ou possibilités de sortie. Et ce samedi soir ci, la faune a décidé de se faire belle et de partir en quête d’aventure.

Elle a choisi de s’entasser dans les bars. Toute la nuit, on compilera de petites histoires sans intérêts pour le grand public, mais tellement cruciales pour le plus commun des mortels.

Il est encore tôt et pourtant déjà derrière le comptoir, ça s’agite comme des fourmis. Elles sont surchargées et transportent quatre verres par main. Dans l’espace restreint derrière le zinc, elles se frôlent et s’évitent de justesse, mais sans jamais arrêter le travail.

Quelques tables ont trouvé preneur et déjà on peut annoncer qu’il y a plus d’un chat dans la place. La porte vient juste de se refermer suite à l’arrivée du fier Coq. La crête enduite de fixatif, il avance d’un pas surconfiant. Sa route jusqu’au comptoir est bourrée d’appels du regard à la foule.

À côté du Coq, qui impose fièrement sa droite posture, deux Criquets accumulent les bières froides en se racontant des souvenirs de l’été dernier. Ils parlent à voix haute, enterré non pas par la musique, mais par les jeunes Loups qui festoient bruyamment.

Pendant que l’endroit se remplit à pleine capacité, les Fourmis s’activent à satisfaire toute cette meute disparate. À peine minuit et déjà tous ont fait leur entrée. Quelques Étalons qui cachent la vérité sous un caleçon falsifié, de charmantes Brebis, les chauds Lapins qui rentreront seuls en taxi et les Poulettes qui veulent à tout prix faire tourner les têtes.

L’arachnide à la console enchaîne les chansons sans que les jambes y trouvent une pause. La piste de danse n’offre plus un seul cube d’air de libre. L’alcool coule sur des flots tranquilles. Tout le monde a soif et les Fourmis veillent à les rassasier tout le monde.

Le Coq tente quelques manœuvres d’approche sur des Brebis pas intéressées. Il se rabat sur les Chattes en chaleurs attablées dans un coin. Un Étalon tente une tactique de flirt plus agressive, mais c’était ne pas savoir qu’il tomberait sur une Poulette au territoire déjà marqué.

Au bar, les deux Criquets ont cessé la discussion, l’un d’eux vient de remarquer une jeune Cigale. Elle est seule et silencieuse, un verre à la main. Le Criquet voudrait l’aborder, mais quoi lui dire sans lui parler de météo et de réchauffement climatique.

Sur la piste, un jeune Loup cherche le trouble et quelqu’un avec qui le partager. Même pas le temps de s’y appliquer que déjà le Gorille de la place le sort par le collet. Malgré son air repentant et la queue entre les jambes, il termine sa soirée sous le regard amusé de la pleine lune.

Toute la basse-cour fête avec effervescence. Il y a des regards qui se lancent et qui se perdent. Ils y des Poulettes qui trouvent preneur et de chauds Lapins qui voient double. Au comptoir, l’un des Criquets est maintenant seul, alors que son ami s’est faufilé silencieusement jusqu’au côté de la jolie Cigale.

Les Fourmis, jamais trop exténuées, gardent la cadence jusqu’au last call de la soirée. Le DJ surprend les derniers danseurs par un vieux slow qu’on croyait oublié.

Le Coq, paniqué à l’idée de rentrer seul, s’accroche à la première Dinde venue. Le Gorille s’assure que tout se termine en beauté. Et en pleine nuit, ça rentre chez soi, plusieurs seuls, avec l’esprit de reproduction en deuil. Se sentant comme une bourrique, le Criquet cherche son ami, disparu depuis un bon moment.

Inutile de l’appeler. Il s’est esquivé en douce avec la Cigale. Il est rentré avec elle pour la faire chanter le parfait bonheur.

jf daunais

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