mardi 18 septembre 2007

La démarcation

chroniques dominicales


Ce matin, j'ai émergé. Émergé d'une longue et belle fin de semaine. Vous savez, un temps ou l'on ne consulte même pas sa montre. Qu'on oublie la date, et dans le meilleur des moments, on arrive même à oublier le nom de la journée à laquelle on a faire. Il y a quelques jours, j'étais là, dans cette béatitude. Dans ce moment intemporel que l'on regrette presque une fois passée. Mais comme je vous disais, ce lundi matin, j'ai émergé. Mon cadran s'est remis à sonner aux aurores habituelles, et mes vacances sont sur le point de se terminer. Et malgré cela, j'ai un abominable sourire de bonheur greffé au visage.

En fait, je n'ai pas émergé ce matin même, car déjà une bulle d'air s'est rendue jusqu'à moi dimanche. Une toute petite bulle, mais qui m'est rentrée dedans avec déplaisir. J'avais beau me sentir léger. Léger comme si je marchais sur un nuage, il reste que la mort d'Émilie m'a pris par surprise. À l'annonce, c'est l'image d'une jeune fille de secondaire 2, sportives, qui m'est venue en tête. Une fille qui excellait dans tous les sports qu'elle pratiquait. Mais la réelle image que je me garde, c'est celle d'Émilie sur une piste, qui coure avec une largeur d'épaule de nageuse Est-allemande. De mémoire, le surnom qu'on avait donné à sa technique de course était "The refrigirator". Avec le temps, elle devenue l'athlète qui aimait courir. Celle que les médias ont fait éloge. Puis un accident de la route, aussi banale que les milliers d'autres accidents de la route. Elle avait 25 ans. Moi 28. Ce fût une bulle d'air difficile à digérer ce jour là.

Le même jour, un avion léger atterrissait d'urgence sur l'avenue du parc à Montréal en plein dimanche après-midi. Un avion dont les moteurs ont lâché, ce qui habituellement est de mauvais augures. Un peu comme être dans une voiture qui n'a plus de frein. Un vol plané au-dessus de Montréal et pas une piste d'atterrissage à porter de main. Une situation, qui plus que souvent, se termine mal et en première page. Il y a quelque chose qui dépasse l'imagination quand on voit ce petit avion de paille posé sur un boulevard. Aucun mort, des blessures légères. Une histoire dont le pilote fera ses choux gras le reste de sa vie.

Deux jours plus tard, un autre avion léger piquait du nez et ce n'est pas en douceur qu'il a terminé sa course sur l'alsphate. Même histoire, mais une fin différente.

Aujourd'hui donc, j'ai émergé. Retour à la réalité. Fini l'ivresse et le confort du temps qu'on oublie de voir passer. Aujourd'hui, ce n'est pas juste une bulle d'air qui m'est rentrée dedans, c'est l'atmosphère au grand complet qui m'a secoué. Un jeune dans la vingtaine entre dans un collège et tir à bout portant; un morts et une vingtaine de blessés. Je n'ai pas envie de vous parler ni de la polytechnique, et ni de Columbine. Encore moins de chercher la comparaison avec nos voisins du sud. Je n'ai pas envie de chercher à comprendre le pourquoi du comment. Les médias en font déjà tellement trop.

Ce qui me chicotte, c'est autre chose. C'est beaucoup plus petit. Ça se cache derrière le pourquoi du comment. C'est la fragilité. La démarcation entre ce qui vit et ce qui meurt. Le petit fragment entre une perte de contrôle d'une voiture et un atterrissage en douceur. Un petit rien qui fait que, ou bien tout s'arrête, ou bien l'on passe à une autre journée. Je ne sais toujours pas si le destin existe, mais aujourd'hui, une fois émergé, j'ai eu envie de retrouver mon état de bien-être dans lequel je baignais. Un état dans lequel je me sentais vivant. Y retourner et m'y emmitoufler, le temps que ça dure. C'est pas juste fragile, c'est aussi incertains la vie.

jf daunais

Aucun commentaire: