mardi 18 septembre 2007

La poussière de nombril

chroniques dominicales


C’est que j’en accumule depuis trois jours. De la poussière de nombril. Plus précisément depuis que j’ai entamé ma convalescence suite à mon opération. Ceux à la mémoire longue se rappelleront d’une chronique sur mon besoin vital de sport, de courir et d’une blessure qui était venue changer la donne. C’était en décembre. Pour ceux qui n’en n’ont plus aucun souvenir, ça importe peu.

Depuis vendredi matin, je porte régulièrement mon doigt au fond de se trou, qui me réserve toujours une surprise. C’est immanquable, chaque forage d’index, me ramène à la surface une saleté. Le nombril est de ces endroits comme il y a dans chaque maison. Un endroit stratégique où se retrouve la poussière (les derrières de portes, ça vous dit quelque chose).

J’avoue que mon trou de nombril est habituellement propre, mais jamais il n’y a eu fouille aussi précise. Comme un archéologue qui examine chaque morceau que l’on retire d’un site en espérant y trouver un sens. Bien entendu je fais autre chose de mes journées de repos, mais le nombril est un incontournable.

Certains croient sûrement que je m’ennuie royalement pour m’attarder avec tant d’intérêt à mon nombril, mais quand on est couché toute la journée, on ne peut pas toujours être dans la stimulation intellectuelle.
En fait, ma position allongée a débuté jeudi, quelques minutes avant l’opération. Sur mon lit d’hôpital, j’attendais qu’une salle d’opération se libère pour me recevoir. Aussi simplement que d’attendre une table au restaurant. Et là, les yeux au plafond, je me mets à penser.

Je m’imagine dans la même position allongée, dans un même corridor d’hôpitaux, mais des années plus tard. Et naturellement, je pense à la mort. D'une certaine façon, je prends de l’avance. Je pense à ce que je pourrais penser.

Dans mon cas, j’ai fait une rétrospective. Pas encore trente ans, ça vous ne fait pas un vécu à long terme. Mais j’ai tout de même dépoussiéré ma mémoire. J’ai pensé à mon enfance, à ma famille, à mon premier chien, mon premier french avec la langue. Puis tout le reste a défilé comme si une présélection avait été faite d’avance.

Ce que j’ai retenu de ce petit film; tout tournait autour de moi. Mourir, bien que ça soit la chose la plus universelle, est avant tout basé sur soi. On se retourne sur qui on a été, sur qu’est-ce qu’on a fait. On veut plus savoir si notre beau-frère avait raison sur la qualité des soins du système de santé. On prend la planète et on se l’oriente sur son propre nombril.

Je suis parti en opération avec cette réalité en tête. Bon, mon angoisse ne pouvait être que minime, c’est pas avec une reconstruction du genou que l’on met fin à ses jours. J’ai seulement eu un avant-goût du moment.

C’est dans la salle de réveil que pour la première fois, j’ai commencé à me fouiller dans le nombril. Tant qu’à tout centrer sur soi-même, autant bien avoir un endroit propre.

Jf daunais

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