mardi 18 septembre 2007

La vie c'est moins désespérant en chantant

chroniques dominicales

Je me souviens très bien. J'ai 16 ans, je suis un adolescent dans la moyenne et je porte des broches. Vous voyez, assez typique. Je me souviens très bien à cette époque d'avoir déclaré haut et fort que jamais je n'écouterais de musique jazz. J'avais une répulsion face à cette musique, que j'identifiais probablement au monde adulte (ou c'était juste mauvais dans le fond). C'est aussi à cet âge que je déclarais vouloir être constamment à l'affût des dernières modes musicales.

Aujourd'hui j'ai vingt-sept ans et j'écoute du jazz. Et je n'ai plus de broche.

La nostalgie m'a pris jeudi soir alors que j'ai vu en rafale trois vidéoclips des "New Kids On the Block". Pour moi c'était un retour à mes racines musicales. Pour moi, ce boys band fait partie de mon initiation avec le monde de la musique. Ce fût une de mes premières cassettes. "Hangin Thought" une chanson que je réécouté à répétition (mais rassurez-vous je n'avais pas de poster du band tiré du Lundi). C'est le tout début des années 90, le mur de Berlin vient tout juste de tomber, nous sommes dans un marasme économique. À la maison tout est tranquille. Une banlieue comme les autres, brune et en briques. J'ai 12-13 ans et j'écoute mes premières cassettes dont le "El mundo" de Mitsou.

Je remercie mon entrée au secondaire. Pour ma rencontre et le choc avec les autres. Les "Kid Du New Block" ont pris le bord, mais j'avais du rattrapage à faire. Je me suis donc abonné à « La Maison Columbia ». Vous connaissez la suite. J'ai découvert les classiques. Les Doors, Cat Stevens, U2 et Bob Marley. Pendant ce temps je n'avais pas grand intérêt pour la musique québécoise. À ce début d'adolescence, il y avait une planète tout entière qui tournait, mais moi j'étais surtout préoccupé à savoir si la fille près de mon cassier allait me donner un regard. La guerre en Irak? Tout ce que j'en garde comme souvenir, c'est des images verdâtres de bombes qui atteignent des cibles quelconques. Il y a aussi ma mère et mon père qui acceptent le fait qu'ils ne sont finalement pas faits un pour l'autre. J'apprends la nouvelle dans l'auto par mes sœurs.

J'ai vieillie quelque peu pendant que moi et l'économie sommes dans un creux. L'avenir semble sans intérêt. Je sors enfin de ma nostalgie musicale et de mon abonnement à « la maison Colombia ». Arrive les guitares violentes de Nirvana, la tristesse dans la puissante voix d'Eddie Vedder, les paroles incompréhensible, mais défoulatoir de Nofx et Leloup, la bête musicale. J'étais aussi dans le creux de la vague de l'adolescence. Celle où tout ce qui nous entoure, ne nous ressemble en rien. C'est à travers cette musique empreinte de rage que j'ai été le cliché typique de l’adolescent troublé. Ne me demandez pas ce qui se passait à cette époque, j'étais bien assez occupé avec moi-même. Un seul souvenir: le deuxième référendum perdu dans un salon avec d'autres adolescents troublés. C'est à ce moment que ma musique de désespérée fût récupérée. C'était maintenant du grunge et de l'alternatif. Du Green Day et Offspring, vous comprenez ce que je veux dire. Pour la planète, l'économie se relève et la vie en .com naît dans un laboratoire au États-Unis. De mon côté, je visite beaucoup de bar, mais j'ai vite un faible pour une taverne en particulier.

Puis arrive l'Université et on devient un peu plus curieux. J'accepte d'écouter des trucs différends, je fouille ailleurs. C'est là que je découvre Cohen entre autre. Soudainement, je découvre qu'il n'y a pas juste moi qui a un nombril. La musique change de cap: le rap et hip-hop prennent le devant de la scène et deviennent un créneau à exploiter. Nous entrons dans une ère plus prospère. Les gens sortent enfin de la déprime et bougent aussi aux rythmes des beats électronique. Moi? Je reviens de voyage et en écoutant la radio, une amie me fait un parfait karaoké sur "Tassez-vous de là». C'était la première fois que j'entends cette chanson. Je revenais sur terre, je revenais au Québec, mon lopin de planète.

Aujourd'hui, je n'ai plus de barrières, ni de critères. J'ai l'oreille prête à toutes nouvelles découvertes. Et j'associe toujours la musique avec ma vie. Des événements plus majeurs aux simples quotidiennetés.

Et vous? Aurez-vous un souvenir musical à la naissance de votre premier enfant, lors de votre mariage, lors de moment de pur bonheur, de votre premier baiser. Mais le silence peut aussi très bien faire l'affaire.

jf daunais

Aucun commentaire: