mardi 18 septembre 2007

Le Flashback

chroniques dominicales


Le concept même du flashback (qui veut dire retour en arrière) est propre au cinéma. Si vous n’êtes pas sûr de bien comprendre, revoyez « Titanic ». Le film entier est un flashback. Ce qui m’étonne, c’est que le cinéma s’est muni d’un terme désignant ce retour en arrière, alors que dans la vie, je ne connais pas de mot propre à cet état. Je sais que les plus culturés me parleront de « déjà vu ». Bon d’accord, mais trop énigmatique pour moi, comme si cette expression laissait planer un doute ésotérique dans mon esprit.

Un flashback, c’est évocateur. Ça nous ramène directement sur place. Pour exemple, un cliché : l’odeur de peppermint qui vous rappelle vos grands-parents. Juste à l’odorat, vous revoilà dans ce salon figé dans une époque passée, avec votre papi et mamie qui veillent sur vous pendant que vos parents prennent congé de votre présence. Ça, c’est un flashback. Ces mêmes flashbacks qui font aussi renaître les dimanches à l’aréna à cause des odeurs de la glace, des chambres et du casse-croûte à l’entrée.

Parfois c’est l’odeur qui vous ramène en arrière et d’autres fois, c’est une évocation visuelle. J’élabore.

Récemment, je me suis retrouvé à l’hôpital Notre-Dame. J’y étais pour rendre visite. J’y suis allé en étant conscient du possible « déjà vu » auquel je pouvais faire face. C’est que quelques années plus tôt, mon père y a été hospitalisé. Et pourtant, en tant qu’humain en mesure de prendre contrôle sur soi, il y reste des choses sur lesquelles on n’a aucune emprise.
De soudainement me retrouver dans ces mêmes corridors. Dans ce deuxième sous-sol aux couloirs de néons. Le même éclairage, les mêmes chemins en labyrinthes. De me revoir assit à la cafétéria, devant mon cabaret de bouffes presque intouchés. De revivre en détail chaque moment d’attente dans la salle des soins intensifs. Soudainement, c’est tout ça qui m’est revenu à l’esprit d’un seul coup. Tout étant encore plus précis que mes souvenirs que j’en gardais. Un flashback comme au cinéma.

Il m’a suffi d’une brève marche pour me retrouver sept ans en arrière. Pour me revoir vivre avec l’hospitalisation de mon père. Avec toute l’incertain et toute l’impuissance auxquels on fait face. Un flashback comme celui de l’odeur des patates frites à l’aréna, qui m’a ramené la même boule à la gorge que l’on n’arrive jamais à avaler, malgré l’effort.

Réjouissez-vous, un flashback n’est pas conditionnel à des souvenirs tortueux. Mais peut-être se rappelle-t-on plus aisément de ce qui nous a fait mal de ce qui nous a fait rire? Pour une fois que je voudrais me tromper.

j.f. daunais

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