mardi 18 septembre 2007

l’Étude humaine

chroniques dominicales


Un de ces derniers soirs, je me suis arrêté, avec un ami, pour la première fois dans le bar "Miss Villeray", qui trône à ce coin de rue comme un monument, presque aussi important que les statues qu'on retrouve dans les parcs. Une icône qui appartient à mon quartier. Bref, nous y sommes entrés pour y prendre une bière. Une grosse naturellement.

Le bar est divisé en deux parties distinctes. À l'entrée, vieux bois d’époque. Sur le mur, une tête de cerf côtoie une horloge commanditée par O'Keef. Bar étroit, dont l'accotoir au bar donne une excellente vue sur les machines de vidéo poker. L'autre partie du bar est probablement une pièce ajoutée aux fils des années. Elle y loge une minuscule table de billard, les toilettes, une autre table, mais de babyfoot et sert aussi d'entrepôt ouvert.

À l'avant, une femme de 45 ans est en discussion collée-collée avec un homme de son âge. Ils ont un peu d'alcool dans le corps, mais ils sont très silencieux. Contrairement à Joe et sa bande d'amis qui monopolisent les machines à sous. Trop nombreux, il y a en toujours un qui doit passer son tour et regarder ses autres amis se faire vider les poches. La timide barmaid nous a donné nos bières et nous avons tenté la table de billard.

J'ai attendu que mon ami paie avant de vraiment m'intéresser au billard. Je n'étais tout même pas pour investir de mon argent dans un truc auquel je n'avais pas envie. J'ai donc patienté, le temps qu'il trouve la monnaie exacte, avant d'inspecter chaque baguette de billard (comme si je savais ce que je faisais).

C'est un cri d'un de la gang à Joe qui m'a déconcentré. Dans un portugais emporté, il s'est mis à frapper sur sa machine. Il l'engueulait en portugais, pendant que la machine faisait scintiller ses lumières pour lui rappeler qu'elle venait de lui prendre sa plus grosse mise. Ç’a duré cinq minutes, mais ça aurait pu durer toute la nuit, si Joe n'était pas intervenu.

C'est qu'avant d'intervenir, Joe avait l'œil bien dans l'axe de la femme qui parlait de plus en plus rapprochée avec sa rencontre de la soirée. Malgré la colère de son ami, Joe s'imaginait être à cette même table à écouter parler cette femme qu'il trouvait belle. Joe n'avait pas eu de femme dans sa vie depuis les dix dernières années.

La femme parlait avec passion à son interlocuteur, qui feignait de vraiment l'écouter. En réalité, il travaillait à l'élaboration de la stratégie parfaite pour réussir à se faire inviter chez elle, pour y passer la nuit. Il pourrait ainsi partir le lendemain matin à son heure choisi. Pendant qu'elle continuait son monologue, l'homme poussa sa réflexion encore plus loin, pour en arriver à toutes les choses perverses qu'il voudrait lui faire. Tout d’abord, la prendre par en arrière.

Le pointage était de deux victoires contre rien. Je n'avais toujours par retrouvé ma touche de joueur de billard ou peut-être avais-je choisi la mauvaise baguette. On continuait de jouer, tant et aussi longtemps que c’était l'autre qui paye. Cette fois c'est Joe qui a rouspété, mais pas contre la machine.

Un de la bande exigeait (en portugais), que Joe lui laisse sa place. Joe savait très bien qu'il monopolisait cette machine depuis plus de trois quarts d'heure. Joe était chef ou plutôt leader de cette bande. Pour lui, céder sa place aurait été d'avouer qu'un simple de ses sujets avait raison. Le ton a levé dans le bar et Joe, tout en restant concentré sur l'écran, a marmonné quelques mots. L'autre a grogné, mais il s'est tu et Joe a pu placer sa mise la tête en paix.

On a fini la soirée accoudé au bar. Plus vraiment assoiffé, on s'est dis que c'était le meilleur moment pour commander deux autres bières. La serveuse s'est mise à nous raconter des histoires sur les opérations qu'elle avait subies. Nous, on buvait pour le plaisir. Soudain André est entré. Il devait être déjà deux heures. Il n'a même pas parlé, il s'est assis au bar et la serveuse est venue lui porter son café. Il venait tout juste de se réveiller et comme à chaque soir il venait boire son café. Pas pour discuter, pas pour lire le journal, ni pour miser sur des vidéos poker, juste pour boire un café. Il semble que la femme d'André lui a procuré une cafetière toute neuve, mais il est juste trop lâche pour s'attarder au fonctionnement de l'appareil.

On est partie, peu de temps avant la fermeture et pourtant, mis à part le couple (qui devait déjà avoir baisé à cette heure-là), on était les premiers à quitter l'endroit. Ils étaient tous encore là quand on est sortie; la serveuse qui tentait de convaincre Joe et sa bande de rentrer, pendant qu'André observait la scène en sirotant son café.

Avarice, colère, envie, luxure, orgueil, gourmandise, paresse.

jf daunais

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