mardi 18 septembre 2007

Pas obligé de brandir

chroniques dominicales


J'en ai vu sur les balcons, sur les antennes des voitures et même sur les capots. J'en ai vu accroché à un bâton, brandi haut dans les airs. J'en ai même vu qui se l'étaient accroché au cou pour en faire une cape. Ce que j'ai tant vu. Des drapeaux. Un morceau de tissus bleu et blanc, qui la plupart du temps avait assez d'énergie pour flotter aux vents, sinon il se repliait sur lui-même comme s'il était en plein sommeil.

C'est la St-Jean-Batiste, fallait que je m'attende à voir ressurgir les drapeaux que l'on garde au fond du garde-robe le reste de l'année. La fête du Québec, avec un drapeau comme porte-étendard. Un morceau de tissu pour identifier notre province (ou pour les plus souverainistes, pour identifier notre pays). Soudainement, pendant quelques jours de l'année, on surexpose un emblème. Les deux me causent problème; soient la surexposition et l'emblème.

Pour la surexposition, l'explication rationnelle est que tout le monde sort en même temps son drapeau et l'accroche à son char, normal que j'en vois autant. Quand même, est-ce si nécessaire de donner des milliers de petits drapeaux au premier passant; "Que tout le monde brandisse son drapeau, c'est la fête nationale". Avons-nous tant besoin d'agiter le fleurdelisé pour afficher une appartenance commune à notre culture? Soudain, je réalise que je ne connais même pas l'histoire du drapeau brandi. Quel est son origine, pourquoi le fleurdelisé, pourquoi le bleu et le blanc? Je me rends compte que, ce qui flotte devant moi, au fond, ne me dit pas grand-chose.

Avant que vous me portiez de mauvaises intentions, je ne crache pas sur le drapeau du Québec, mais sur tous les drapeaux. Ils sont pour moi, une connerie supplémentaire, qui ne sert qu'à diviser davantage l'humain. Me semble que le rapprochement entre différents pays est déjà assez difficile comme ça. En Irak, quand les soldats ont délogé la statue de Saddam Hussein, qu'est-ce qu'ils ont fait avant? Eh oui, ils lui ont mis un drapeau des states dans la face. Image forte, qui impose la vision du conquérant. Imaginez s'il avait fait la même chose, mais avec le drapeau de l'ONU ou encore mieux avec le drapeau irakien. J'ai utilisé les Américains comme exemple, mais on ne s'en sort pas ici non plus. Arrêtez d’être indigné et regarder donc les prochains olympiques. Vous compterez les drapeaux canadiens et après deux minutes, ça ne vous amusera plus du tout.

Je blâme que l'on est besoin d'un drapeau pour identifier le Québec. Le Québec ce n'est pas un drapeau, c'est plutôt celui qui le tient. C'est les gens qui y habitent, c'est l'histoire sur laquelle l'endroit s'est bâti. C'est des régions éloignées, une métropole, des villes, des centres-villes et des villages. C'est autant la nature que le bouchon de circulation. C'est le voisin qui passe sa tondeuse tous les dimanches et la caissière au supermarché. C'est quelque chose qui nous est propre, qui nous différencie. Et tout cela, ben ça ne rentre pas sur un drapeau. Et si vous voulez vraiment sortir le fleurdelisé, il faudrait que vous y accrochiez aussi le tissu des drapeaux italiens, grecs, pakistanais, irlandais, chinois. Parce que pour moi, notre nation n'est pas qu'un résultat, mais le résultat de tout ce qui forme le Québec.

Le drapeau n'est pas une question de fierté, c'est un concept dépassé à mes yeux. Ce n'est qu'une vieille tradition de pays guerriers et conquérants. Vous savez, certaines traditions ne sont pas toujours bonnes à garder. Pensez-y, mis à part une empreinte de botte, qu'est-ce que l'homme a laissé sur la lune. Un drapeau.

jf daunais

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