mardi 18 septembre 2007

Polir les souvenirs

chroniques dominicales


Quelle surprise! Les coûts des hôpitaux CHUM-CUSM dépassent leurs budgets initiaux d'environ 1 milliard. Sacré Libéraux. Eux qui se targuait si fièrement qu'ils ne feraient pas la même erreur qu'avec le métro de Laval. C'est beau de rêver.

Une des solutions qui a été amenée cette semaine pour sauver la situation: ne construire qu'un seul centre hospitalier Universitaire. Idée simple, qui semble plaire à la population (selon un rapide sondage, 73% en faveur). Idée logique et surtout si on explore un peu partout dans le reste du monde. On n’y construit qu'un seul hôpital de ce type. Alors pourquoi qu'ici, au Québec, plus précisément à Montréal, nous devrions avoir absolument deux des ces monstres administratifs. Avons-nous une population plus à risque aux maladies? C'est quoi le problème d'abord? Ah oui, j'oubliais, on est en terrain bilingue.

Entretenu par les politiciens et les directeurs des hôpitaux impliqués dans le projet, la bonne vieille querelle entre français et anglais est ressurgie comme une raison tellement valable: "(...) mais à cause de l'histoire et de la culture ici, ça n'arrivera pas. Si on dit aux anglophones vous n'aurez pas vôtre CHUM anglophone, ils vont crier au racisme". En lisant cela, j'ai eu l'impression de faire un voyage dans le temps, d'être en 1960 sur St-Laurent et d'assister aux quotidiennes bagarres entre franco et anglo. Un retour aux souvenirs de ma mère sur les batailles de boules de neiges sur le chemin de l'école. Est-ce encore une réalité si présente aujourd'hui? Où plutôt, est-ce qu’on n'entretient pas ce vieux mythe comme seule raison valable pour quelques dirigeants en quête de leur propre centre hospitalier. Question de prestige naturellement.

Ce qui m'épate, c'est la façon qu'on réussit à oublier la population. Cette population, qui lentement admet que l'anglais n'est pas nécessairement un tort. Cette population qui écoute des films et de la musique aussi en anglais. Cette population, qui sans être comptable agrée certifié, a vite compris la nette réduction des coûts si on ne construisait qu'un seul de ces centres hospitaliers. Une population qui veut d'abord des soins de santé, dans les deux langues et qui ne s'attarde pas à savoir si le nom de son docteur est Tremblay où Downey. Les gens, à l'inverse de nos décideurs, sont nettement plus rationnels et ils comprennent qu'ici on ne parle pas de langue, mais d'argent. Qu'on arrête de sortir du placard, le spectre de l'incompréhension entre français et anglais.

D'ailleurs, il ne serait pas de meilleur augure, voire même un pas dans la bonne direction pour une réconciliation, que d'unir un projet aussi important entre deux solitudes? Il est grand temps de faire le pont. Il est temps d'aller prendre une marche dans l'ouest de Montréal. Il est temps d'inviter quelques anglo au Saguenay et en chemin, faite leur donc écouter les Colocs. Sur la route, vous découvrirez des québécois comme vous, mais qui ont un sens de l'humour avec beaucoup plus d'autodérision que le notre. Il est ne serait pas grand temps d'arrêter d'être offusquer d'avoir deux langues dans notre provinces et de tenter de les développer pour qu'un anglais puisse avoir envie de parler français et pour qu'il aille voir ce qui se passe à Québec. Pour le puriste francophone aussi, la culture anglophone d'ici est très riche et une p'tite soirée de Spoken words vous délierait l'esprit, j'en suis sûr. On a souvent brandit, un contre l'autre, la menace de la disparition de sa langue et jusqu'à maintenant, cela s'est toujours passé sur le terrain de la confrontation. Serait pas le temps d'essayer autre chose.

Soyons réaliste ou plutôt pessimiste, le gouvernement ne prendra aucune chance et il va nous trouver un moyen pour nous faire avaler les deux grosses pilules CHUM et CUSM. Probablement en poussant avec son doigt jusqu'au fond de la gorge. De mon côté, j'aurais préféré une seule pilule, peut-être au goût une peu bizarre au début, mais qui sait l'effet bénéfique que cela aurait eu.

Après on nous dira que les gens ne intéresse pas à la politique. Faudrait d'abord que la politique s'intéresse aux gens.

jf daunais

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