mardi 18 septembre 2007

Prendre le temps

chroniques dominicales

As-tu un agenda? Pas d'agenda, comment tu fais? Es-tu libre le 23 à 18h00? Non, mais peut-être le 22 pour le lunch? On peut se voir, j'ai un trou dans mon horaire le 25 en après-midi. ETC... Ces brides de discussions ne sont pas qu'issue de mon quotidien, mais de celui de bien des gens. Un quotidien pour qui vingt heures n'est plus assez. Faudrait presque trouver un moyen de ralentir la vitesse de rotation terrestre, comme ça on gagnerait un peu plus de temps. Je pense que la Nasa travaille déjà là-dessus. Dieu merci, il y a encore des gens sensés qui besognent sur les vrais problèmes.

Je sais pas à quel moment je suis devenu plus occupé; est-ce un autre héritage de devenir adulte ou est-ce l'ère du temps? Ça non plus on ne sait pas (mais il y a des philosophes allemands qui se penchent actuellement sur la question). Et s’il y avait un peu des deux. Disons que vieillir occupe plus facilement nos journées, mais s'il y avait autre chose encore plus tendancieux. Et remarquer que dans le mot tendancieux, il y a tendance.

On s'entend (ou presque) pour dire que notre société actuelle carbure à la rapidité, à la vitesse, à l'électronique, aux voitures plus rapides, aux plats congelés et aux nouvelles en bref. Tout est raccourci, pour en bout de ligne, en avoir plus. Nos vies sont directement liées à cette façon de fonctionner. C'est très in ces temps-ci d'être occupé, d'être débordé, d'avoir à peine le temps pour rappeler un ami pour juste parler de rien. C'est très tendance d'avoir un agenda et de remplir chaque plage horaire comme si nos vies étaient devenues des canaux de télévision.

C'est tendance de penser que l'on a plus le temps de rien faire. Comme ça, au lieu de prendre le temps, on regrette le temps que l'on a pas. On regrette de ne pas avoir pris le temps d'être allé aux pommes ou d'avoir passé la matinée au lit à siffloter. Il y a une sorte de calcul mathématique étrange qui s'effectue dans nos têtes. Plus on est occupé et booker, plus nos vies sont chargées et plus on a l'impression que notre vie a une valeur. Ça aussi, j'imagine que ça doit faire partie de la loi du marché.

Vous ne comprenez pas mon calcul. Pourtant moi et les maths. Bon je tente une explication. Avoir un agenda griffonné de rendez-vous et de choses importantes à faire, ça nous rassure. Ça justifie notre existence: "je ne fais pas rien, j'suis trop occupé pour ne rien faire moi madame". C'est pratiquement mal vu d'avouer tout bonnement ne rien faire, comme si on était des lépreux galleux ou des parasites du système. Le bon et beau système qui prône une société pro-active. Tu fais rien, c'est que tu es un paresseux.

On accorde de l'importance au nombre d'occupations que l'on est capable d'accumuler dans une fin de semaine: "J'ai laissé le p'tit au soccer, passé chez le nettoyeur, fait l'épicerie, ramener le p'tit du soccer, visité la grand-mère, fait le ménage, soupé chez des amis, magasiné. J'ai pas vu la fin de semaine passer, pis j’te parle pas de ma semaine au bureau". On en est rendu là. À faire l'apologie de nos occupations, juste pour nous prouver à nous et aux autres que notre vie est dûment remplie et que l'on ne la gaspille pas.

Et si rien faire était quelque chose à mettre à l'horaire?

jf daunais

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