mardi 18 septembre 2007

Tout vouloir dire

chroniques dominicales


" Y'a plein d'affaires qu'on dira pas, y'en a toujours qu'on dit jamais"-Taima

Y'a des moments, parfois juste de brefs instants, où on peut réussir à préciser son idée, sa pensée, son angoisse, sa propre théorie en une seule phrase. C'est ce qui est arrivé tout dernièrement en parlant avec une amie. En quelques mots à peine, elle a résumé quelque chose qui m'obsède depuis si longtemps: le silence. "Notre société nous présente négativement les silences". Bon ce n'est pas exactement comme ça qu'elle l'a formulé, mais ça résume ses propos. Du moins, je crois.

Vous êtes invités chez des gens. Ça fait déjà deux heures que vous discutez autour de la table. C'est votre troisième coupe de vin. Rien à signaler. Puis soudain, sans le voir venir, sans pouvoir l'éviter, un silence. Vous vous dites d'abord que ça va passer, vous prenez une gorgée en attendant que le silence disparaisse. Ah le tabar... il reste. Votre convive joue avec le bouchon de liège, en espérant lui aussi que le silence parte. En somme, tout le monde attend que le silence lève les pattes. C'est finalement votre copine qui prend les devants et relance la conversation en s'informant sur une question dont elle connaît déjà la réponse. Ne riez pas, vous étiez sur le point de faire la même chose.

Un simple exemple pris hors contexte? Voyons voir. À votre prochain tour au club vidéo, approfondissez la théorie. Prenez un film nord-américain et un film asiatique. Comparez un "Invasion Barbare" plus que volubile à un "In the mood for love" qui est tout à fait à l'inverse. Au cinéma, on met de la musique avant les films et on se parle même durant les publicités. On couvre mur à mur le silence. Ici, on veut tout dire en parlant, alors qu'ailleurs on laisse parler les silences. Et bouder, vous pensez c’est quoi comme geste? Eh oui, je suis de cette trempe de poétique finie qui croit que les silences ça ne révèle autant qu'une surutilisation de mots. Il n'y a pas un vieil adage qui dit "Trop en dire pour ne rien dire"? Si non, alors je l'invente à l'instant.

Le silence nous rend mal à l'aise, comme s'il était un échec entre deux personnes qui se rencontrent. Ça ne devrait pas être tout le contraire; l’état du silence avec quelqu'un ne peut faire qu'apprécier le moment davantage. Quand on est plus obligé de raconter les milles et un détail inutiles, me semble que c'est déjà mieux que de déblatérer. Ça devrait être considéré comme une marque d'appréciation que de partager un silence. Vous remarquerez, en Amérique, il n'y pas de silence, même la télévision nous offres du 24h sur 24. C'est sûrement pas très zen. Ensuite on nous considère comme une société stressée, ça fait une raison supplémentaire.

Rassurez-vous, je suis autant obsédé par le silence que vous. La dernière fois que je suis partie en nature pour une semaine, il me fallait absolument de la musique (pour enterrer le silence ou les bruits naturels de la vie). De la musique, des paroles, du bruit, mais toujours quelques choses pour combler la trame sonore de notre vie. Faut vraiment que je fasse une cure. Dès ce matin j'essaie de déjeuner dans le silence le plus total, mis à part des voisins qui écoutent de la musique à 8h00 du mat.

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Un simple aparté pour tous ceux et celles qui ont ajouté le mot "otage" dans leur vocabulaire lorsque vient le temps de parler de grève. Si un mot est bien galvaudé ces temps-ci, c'est bien celui-là. Une tactique médiatique de l'équipe Charest pour donner la frousse à la population du Québec. Comme ancien gréviste (à la SAQ), croyez-moi, j'ai trop souvent attendu des gens qui passaient les piquets de grève avec cette ridicule raison. "Vous nous prenez en otage". Heille chose! De un; c'est de la boisson, mis à part que tu es un alcoolique, je ne vois pas qui est l’otage et de deux; je trouve ça très réducteur pour les otages retenus en Irak. Comparez de l'alcool à une vie humaine, me semble qu'il y a un problème de valeur. Merci à l'équipe Charest de pratiquer, pas la désinformation, mais plutôt la mêlinformation (comme dans mêlée).

Dans le dictionnaire. Otage: Personne qu'on arrête et qu'on détient comme un gage à l'égard d'un adversaire en garantie d'une promesse ou d'une exigence.

jf daunais

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