samedi 27 octobre 2007

Happiness is a warm gun

american chronicle

Cette american chronicle devrait débuter par l’évidence, sur l’air du Star-Splanged Banner (l’hymne nationale américaine). Tous debout, casquette retirée et face au drapeau. Exactement comme l’a fait la foule du match de football collégial auquel j’ai assisté dans l’état du South Dakota. Oui, oui, identique à ce que vous en faite comme idée. C’est pas difficile, on l’a vue tellement souvent à la télé.

Après trente jours de voiture, à sillonner d’Est en Ouest, du Nord au Sud et à traverser 18 états, j’ai eu droit à un vrai plongeon au cœur de cet empire. Une immersion dans le ventre du dragon.

Les États-Unis sont avant tout un territoire, dans le plus géographique des termes. Des étendus de champs, de montagnes et de zones désertiques. Pas que des gens, le vide aussi. La population est présente, mais concentrée, ou plutôt entassée dans les méga-villes de la côte Est et Ouest. Là où les banlieues sont interminables, alors que les centres-villes sont habités soit par des fortunés, soit par des pauvres. D’ailleurs, l’expression ghetto prend tout son sens ici. La division des quartiers n’est pas qu’idéologique, mais aussi physique.

Pour ce qui est du centre du pays, rien, ou presque. Des villages typiques de l’américain moyen. Endroit de prédilection pour le pick-up et les brebis de Dieu. Ces américains qu’on se plaît à se moquer de leur ignorance.

Les States sont un grand colosse. Sa nature même en fait foie. Et c’est à travers les paysages américains que j’ai compris un peu mieux qui était notre voisin tapageur. On arrive ainsi à voir par quel chemin ils ont abouti à cette attitude de conquérant.

Les conquistadors qu’ils sont, ont d’abord affûté leur technique de domination sur leur propre territoire. Ici, l’homme tente constamment d’avoir le dessus sur la nature.

Des kilomètres de routes. Souvent pour vous menez d’un nul part à un autre. Des routes qui vous font passer de 195 ft sous le niveau de la mer à une élévation de 5000 ft. Et ça en quelques miles à peine. Le temps d’une chanson country à la radio. Il y aussi les autoroutes, carrément incrustées dans des les profondeurs de canyons dynamités. D’autres gravissent des montagnes entières. Pas questions de les contourner. Et quand il vient impossible de passer la montagne. On fait un trou dedans tout simplement.

Ce fier pays, si près de sa religion, entretient les contradictions. Ils résistent à la nature, pourtant cadeau de leur Dieu, en y déplaçant les montagnes par la force de leur foi.

Et du moment son propre territoire bien maîtrisé, il ne reste pas là à s’ennuyer. Il y un titre de conquérant à conserver. Il se tourne vers le reste de la planète. Voyez, l’Amérique débarque en Irak! Oui pour le pétrole, non pour la démocratie. Mais aussi, parce qu’au fond d’eux, il y ce goût de conquérir. Un désir incontrôlable d’aller banlieuriser les déserts du Moyen-Orient. Une terre vierge à coloniser. Alleluia!

J’ai aussi fait une observation plus microscopique des États-Unis. Des gens qui le peuplent. Je vais vous décevoir c’est sûr. Ils sont aussi Occidentaux que nous le somme. Boulot, dodo, boulot, famille, Mcdo. Une vie dans la plus pure des traditions. Déception supplémentaire, je n’ai vu personne montrer fièrement son gun fraîchement astiqué. Quelques trous de balles, mais sans plus.

Ce qui surprend le plus chez nos voisins, je le répète, les contradictions. Celui de leur style de vie drapé de conventions très marquées. La rectitude. L’importance de respecter la loi en fait preuve. Demandez au nombreux sheriffs (celle-là je ne l’invente même pas, ils disent vraiment sheriff).

Et derrière ce verni, ce cache l’autre visage américain. Sa face cachée de la lune que Neil Armstrong n’a pas visité. La vie spectacle. Celle des icônes pop, de la télévision, du cinéma, de la chanson. Le rêve américain sous forme de contes Disney. Être quelqu’un à la télé le temps d’un extrait Youtubes.

Une conclusion à tout ça. Les États-Unis ne sont pas aussi con que l’on aime se l’imaginer. C’est peut-être leur confiance en eux, qui nous les rendent vaniteux et en résulte qu’on les trouve cons. Comment ne pas être confiant quand au volant d’un rutilant pick-up, ils sillonnent leurs paysages qu’ils ont dominés avant d’en faire autant avec le monde.

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Et mon voyage dans tout ça? Comme un voyage se doit d’être. Du repos, des photos et du bon temps.

C’est en écoutant majoritaire du Elvis-The King que j’ai campé dans des canyons s’apparentant à la lune, dormi dans des motels personnalisés de faux bois et de cadre d’animaux en peinture.

Une seule anecdote : En plein sommeil dans un Motel cheap de Winnemuca au Neveda, on cogne à la porte. Il est deux heures du matin. Je grogne des brides d’anglais. L’autre côté de la porte, pas de réponses. On cogne à nouveau avec plus d’insistance. Je tente à nouveau la conversation. Rien. Et moi qui n’a pas la foi, je commence à croire que c’est l’esprit amérindien de Winnemuca qui se manifeste à notre porte. On cogne encore avec force dans la porte. Mais que nous veux ce bruit spirituel. Cette fois, ma belle brune s’en mêle. Elle lance un cri plus costaud que mes précédentes jérémiades. On attend. Plus rien. On ne cogne plus. L’esprit de Winnemuca reste là sur le paillasson, à nous attendre patiemment.

Le reste de la nuit n’est que mauvais sommeil et peur de la rencontre avec Winnemuca. Ce n’est qu’au réveil que me déception fût grande. Nous apprîmes que le bruit n’était que notre voisin saoul, qui rentrait à sa chambre. Il ne s’était que trompé de porte. Je vous l’avais bien dit que les américains avaient le sens du spectacle.

jf daunais

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