mercredi 26 mars 2008

Amène-moi où c'est loin


Dans mon Québec d’antan, pour une enfant de banlieue de onze ans, il n’existait qu’un seul vrai sport ; le hockey. J’ai passé tous mes retours d’école à jouer dans la rue et à me donner des prête-noms de véritables joueurs. Lemieux, Courtnall, McPhee, Klima. Je changeais au besoin. Comme pleins de garçons de ma génération, le hockey c’était notre tradition et notre seul véritable sujet de discussion.

Ce que je préférais à toutes ces parties de rue, c’était l’arrivée de l’automne. Cette saison annonciatrice au début officiel de la saison de hockey dans les arénas des villes du Québec. En plus de la saison des joueurs professionnels, il y avait la mienne. Et ma saison de hockey, c’était aussi les balades en auto avec mon père.

Mon équipe a entamé sa saison depuis un mois déjà. On est une équipe Pee-Wee parmi un lot d’équipe Pee-Wee. On est dimanche matin et il est sept heures. Assis au siège passager, j’observe le paysage défiler. Au volant, mon père. Silencieux, il m’emmène jouer ma partie dans une ville campagne éloignée, nommé St-Lin. Une grange comme arénas et un tracteur pour zamboni.

Sans dire mot, mon père conduit sa buick grise sur la route vide. Qui d’autre voudrait s’aventurer sur le chemin du clocher de St-Lin, si tôt un dimanche matin. J’arrête de dévisager le paysage un moment et je m’attarde sur mon père. À première vue, il semble concentré. Plutôt songeur. À quoi fait-il vaguer son esprit?

De mon siège, je le regarde regarder la route. Je me mets à lui parler de hockey. Il m’en parle aussi. Il sait de quoi il parle. Lui, il a été un des meilleurs joueurs de la région dans sa jeune époque. Sa renommé peut être encore retracée dans quelques bars et tavernes restantes de banlieue. Précis, concis, tel l’entraîneur qu’il s’imagine être, il me donne de précieux conseils, mais j’écoute sans écouter. Je préfère rêvasser à un talent de hockeyeur que je n’aurai jamais.

Des champs, toujours des champs. Et des odeurs porcines aussi. Tout ça à perte de vue. Aidée par quelques rafales de vents, la neige tombe sans la volonté de rester collées sur le par brise de l’auto. C’est la saison de l’année où elle est encore fondante.

Mon père et moi sommes redevenus silencieux. Nos oreilles sont occupées à la radio. Il a toujours existé un commun accord entre lui et moi sur la radio. Une espèce d’entente non dite, non écrite sur l’écoute de nos stations respectives. Celles que l’on faisait endurer à l’autre.

On n’endurait pas réellement le choix de l’autre. On l’appréciait, sans se l’avouer. Par ce moyen, mon père et moi apprenions à se connaître par la voix des ondes.

Dimanche matin oblige, c’est immanquable, faut syntoniser CKAC. Il a alors le bonheur d’entendre les reprises du « Festival de l’humour ». C’est un peu flou, mais je me souviens de mon père rire beaucoup. Plus que moi. Surtout, il comprend mieux que moi les « jokes » de cul. Moi, je ris parce que lui ris aussi. Il est mon point de repère pour faire de son clan d’adulte. Soudainement, nous ne sommes plus seul dans l’auto. Il y a avec nous, toute une bande de personnages de vaudeville qui nous accompagnent jusqu’à St-Lin.

À l’aréna, mon père prend son deuxième café de la matinée. Il est assis avec d’autres amis parents avec lesquelles il s’est créé une amitié de circonstance. Il reste immobile dans les estrades frigorifiques, me regardant me démêler tant que bien que mal avec la rondelle. Il endure ce calvaire visuel avec toujours l’observation d’un recruteur à chacune de mes présences. À la fin de la partie, il m’attend dans le lobby de l’aréna, debout près du casse croûte maison.

Pour le retour à la maison, c’est la même histoire, mais à l’inverse. Les mêmes champs, les mêmes vaches et les mêmes odeurs. À la radio, cette fois, c’est mon choix que l’on subit. Mon père écoute d’une oreille, car pour lui, le pop-rock, c’est de l’inconnue.

Il réussit tout de même à démêler tous ces sons de guitares, pour savoir qu’elles sont mes chansons préférées. Il est particulièrement fier de monter le volume de la radio avant même que j’en ai le temps.

Pour ce qui est du reste de nos silences, on les coupait de temps à autre pour parler de ma partie de hockey. Il me redonnait de nouveaux conseils, que j’écoutais une fois de plus. Puis lentement, en s’approchant de notre village à nous, la balade redevenait ce qu’elle avait été.

Moi, je retournais voir le paysage me défiler sous les yeux en une rafale d’images floues. Et mon père, lui, redevait son personnage de songeur silencieux. Les yeux sur la route, il mordillait la jointure de sa main droite.

Ce que j’ignorais de ces ballades de l’époque, c’est que des années tard, je serais moi aussi un silencieux songeurs avec de temps à autre une jointure entre les dents.

mercredi 6 février 2008

Vieillir et devenir con

Quand j’étais enfant, imaginez-vous 7-8 ans, j’étais un vrai partisan du Canadien de Montréal. Je trouvais le CH bon et j’étais triste quand il perdait, mais jamais je ne le trouvais pourri. Je n’analysais pas les moindres statistiques au sujet des joueurs. J’avais des joueurs préférés et des moins préférés. C’était simple comme ça.

Aujourd’hui, 21-22 ans plus tard, me voilà qui lit le journal différemment. La section des actualités avant celle des sports.

Les années passent et on ne reste pas nécessairement les mêmes. Je me modifie avec les années. À défaut de me bonifier. Ça se remarque par les détails. J’ai changé de goûts musicaux. Je n’aime plus tout à fait les mêmes films. Je ne rêve plus de même voitures. Mes intérêts ont changé de vie. Je vous dis, toute une métamorphose. Maintenant, je mange des légumes plus seulement parce-que c’est bon pour la santé.

À mon arrivée à Montréal, j’ai découvert l’hebdomadaire « Voir ». Un p’tit journal fort sympathique, même si je me contre crissais des articles sur la danse et le théâtre. Je me rappelle de l’engouement que j’avais à lire la colonne éditorial de Richard Martineau. Je me suis même retrouver à le citer à quelques reprises. Une preuve indéniable qu’on se cherche encore à 17-18 ans. Aujourd’hui, Martineau m’apparaît comme un mononcle, avec des opinions de mononcle. Vieillir, ça peut être aussi pour le mieux et il manquera toujours une section sport au « Voir ».

Tout dernièrement, je discutais avec des amis et c’est après plusieurs minutes que je me rendis compte de notre discours. Soudainement nos opinions avaient pris du vieux. Notre regard sur le monde m’a semblé plus conservateur. On s’était endurci sur nos positions. On a maintenant une place hypothéqué dans la société. Nous sommes officiellement des contribuables à part entière. Un mot qui n’était pas moi durant mes 25-26 ans.

Je suis devenu un vieux con à mes yeux d’enfant et face à mes idéaux d’adolescents.

Une chose est certaine, je ne vieillirais pas comme ces vieux cons dans la cinquantaine. Mais bon, on n’est pas une surprise prêt, serais-je peut-être devenu partisans de sports équestres.

Vous l’aviez peut-être compris, tout dernièrement, je passais le cap des trente ans. Rien de bien différent qu’à l’habitude. Et tout ce qui me restera en souvenir de cette année, ça sera Paris, un party et la saison gagnante du Canadien.

jf daunais

jeudi 27 décembre 2007

Les vices cachés

J’en suis à mon trentième Noëls déjà expérimentés. Je commence à avoir un bel aperçu du sujet. La dinde, le sapin, le ketchup maison, l’échange cadeau, les danses, les manteaux sur le lit, s’habiller propre, boire et manger, alooouuueeeettte. C’est très simple, Noël est une règle grammaticale. C’est le passé, le présent et le futur à la même date, à chaque année.

Par réconfort peut-être, mais immanquablement, il y a un patern, une routine préétablie, qui nous ramène au même point de départ. Une répétition. Le temps des fêtes, c’est comme passer Go au Monopoli. Je ne suis même plus sûr si je trouve ça rassurant ou non. Mais bon, décembre est conçu comme ça. Avec une pléiade de rendez-vous familiaux. Pis une fois qu’on a fait le tour, on fait ouf et on se détache la ceinture pour faire prendre l’air à notre bedaine nouvellement née.

Et derrière cette magie de Noël. Derrière ce lustre illuminé à coup de lumières décoratives, qui a-t-il vraiment?

Un soupé familiale où vous feintez l’intérêt de voir votre cousine, que vous ne voyez qu’annuellement (et en lui parlant cinq minutes, vous vous rappelez pourquoi). Et que dire, de ces jeux inventés, qui pour la seule fois de l’année rendront votre mère compétitive. Ces mêmes jeux – souvent empruntés à un quiz télé- qui finiront sur une tablette pour être remplacés par d’autres l’année suivante.

Les vices cachés du temps des fêtes ne sont pas que familiaux. Quand vous magasinez vos cadeaux, là aussi ça pullule. Quand vous demandez à un commis de vérifier la disponibilité d’un produit dans son backstore, il ne le fait pas vraiment. Désolé de briser vos illusions.

Premièrement, il sait très bien que l’entrepôt déborde et qu’il n’a aucune chance de trouver l’objet demandé. Deuxièmement, pour lui, se rendre dans le backstore, ce n’est que le prétexte parfait pour aller se prendre un moment de répit à la frénésie des fêtes. Troisièmement, il sait qu’en allant voir, il vient de se débarrasser de vous, car une fois sa gorgée de café prise, il prend son air désolé et vous annonce la veine recherche. Pauvre de vous, et en plus vous le remerciez pour son effort.

Noël est en lui-même un vice caché. Ne croyez pas que le beau sourire de la caissière s’adresse spécifiquement à vous. C’est un sourire de contre-emploi. Le même qu’elle abordera sur les photos de famille en plein réveillon.

On peut adorer ou non Noël, ce n’est qu’une question de perspective. À quel endroit vous situez vous dans cette montagne russe? En pleine ascension; vous avez des enfants et soudain votre plaisir est revenu à travers les yeux de votre plus jeune. Au contraire, vous êtes dans une rapide descente; vous vivez Noël comme une répétition, un moment qu’il faut passer au travers. Vous vous dites que cette fête-là, c’est bien la pire. Au moins les autres ne durent que quelques heures à peine.

Et dans la redite général, on se dit que l’année prochaine on fera ça différemment.

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Bien que le temps de l’année soit à l’amour, la paix, la trêve et tout autre sentiment mielleux, je ne peux m’empêcher d’exploser.

Depuis au moins cinq ans que ça dure. Les fameux tchin-tchin.

On remplit les verres et on les lèvent bien haut. On est content d’être content. Ça, ce me va encore, mais ça se gâte juste là.

Une fois qu’on entame l’entrechoquement des verres, il se passe quelque chose qui me dépasse. Une loi non-écrite, conventionnée par je ne sais quel prêchi-prêcha de la bienséance: le regard. Maintenant, il faut regarder chaque convive dans les yeux. Très important d’avoir un eye contact avec les 18 invités. Sinon quoi?

D’abord le mythe. Sept ans de mauvais sexe. Mais qu’est-ce que cette menace par les couilles? Quand t’as pas de sexe tout court, tu te contentes même de mauvais sexe.

Sinon. Le regard c’est un décorum un peu lourd. Ça devient un peu con de planifier un toast. D’évaluer si j’ai bien yeuté de fond en comble chaque pupille des convives. Comme si c’était plus personnel de cette façon. Moi, je n’embarque plus.

Tiens, pour le temps des fêtes, je me pratique à loucher. Juste pour augmenter le coefficient de difficulté de tchin-tchin. Et je prends une chance pour le mauvais sexe.

Jf daunais