mardi 18 septembre 2007

De Passage

chroniques dominicales


La semaine dernière, une preuve supplémentaire est venue s’ajouter à mon état de vieillesse. Jadis, il y a déjà eu les lendemains de veilles plus pénibles, qui m’avaient souligné poliment ma vingtaine avancée. Et là, le coup fut plus dur. J’ai commencé à confondre mes souvenirs. Pas un simple oubli dans une histoire si souvent répétée, mais une histoire entière faisait défaut à ma mémoire. C’est pas facile à accepter, mais il y a des moments tellement loin, qui ne sont plus souvenirs, parce qu’ils ne sont plus tout court.

Dans ce nouveau soubresaut de vieillesse, j’ai pris conscience qu’au-delà des événements oubliés, il y a les gens faisant parties de ses histoires, qui prennent le bord aussi. Naturellement, je peux me faire bonne conscience en me répétant que si j’ai effacé certaines personnes de ma mémoire, c’est parce qu’elles n’y avaient pas de place. Pourtant, dans le nombre étourdissant de gens côtoyés, rencontrés et avec qui j’ai échangé une poignée de main, il y en a qui mérite que je me rappelle d’eux.

Chose sûre, une fois qu’on refait retour en arrière sur notre vie, certaines de ses personnes ne représentent qu’un bref passage. Un passage, qui quelques fois, change le cours de nos pas.

J’ai encore une image claire de ma gardienne, m’emmenant au restaurant du centre d’achat (en plein durant les heures d’école) et de sa façon de me faire sentir à ma place à une table constituée d’adulte. J’ai aussi souvenir de mon école primaire, enclavée à Cartierville. Quelle découverte pour un jeune de huit ans de la banlieue, que de soudainement se mettre à danser sur de la musique rap avec une grecque, un haïtien et une pakistanaise. Et c’est dans cette cour d’école que j’ai réellement pris goût au soccer. Avec mon ami Hervé, on formait un duo à l’attaque pas négligeable (à moins d’affronter les sixièmes années).

Il y des souvenirs qui ne sont que des souvenirs, mais dans certains, il y des passages qui ne nous laissent pas les mêmes.

Pour certains, ce passage, sera celui de Passe-Partout à la télé. Pour d’autres, ça sera un professeur, un colocataire ou une voisine pas mal cute. Parce qu’en plus, le passage est de tout ordre : intellectuel, éthique, sexuelle, physique. Au bout du compte, ce qui en reste, c’est un changement.

Avec le recul, je réalise que plusieurs personnes ont passé dans ma vie. Chacun d’eux m’a apporté quelques choses propres à eux. Il y a eu des passages de courtes durées ; mon premier baiser, mon premier slow, une copine, un collègue de travail. Parfois, sous forme de discussions, parfois sous forme d’action et des moments où rien d’autre que le silence. Mais ces passages m’ont amené jusqu’ici. Et ça, c’est sans prévoir où me mèneront les prochains.

Il y a aussi les passages plus longs. Ceux qui s’étirent sur une plus grande période de notre vie. Ma mère, mon père, mes sœurs, ma copine, mes amis. Ceux-là dont le passage ne semble jamais sur le point de partir. Ceux-là dont le passage implique du même coup le mien. Ceux-là qu’on oublie plus difficilement pour cause de n’être jamais vraiment partie.

Il y a plusieurs personnes que je ne recroiserai jamais plus dans ma vie (aussi triste que cela peut être). De ces personnes, beaucoup auront eu un impact sur ma vie. Que ce soit pour mon amour de la photo, du jogging, de la lecture, de la musique, de films étranges, de randonnées, d’observation urbaine…

Dans ce moment où mes souvenirs entrent en triage ; ceux qui restent, ceux que j’oublis, je trouve ça rassurant de réaliser que même oublié, un passage laisse des traces beaucoup plus marquantes, que les simples anecdotes du passé.

jf daunais

On déménage

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Il y a quelques mois, une nouvelle à frapper ma curiosité. Dans un journal, on racontait que des scientifiques reconnus (du moins par leur diplôme) avaient fait la découverte d’une planète ayant des similitudes à notre terre. En de plus simples mots, les scientifiques résumaient : « Peut-être pourrions-nous vivre dessus un jour ».

Moi, prêt pour le déménagement, je sortis mes valises. Et mon passeport. Et ma crème solaire. Une chance inouïe que je me suis dit. Partir refaire sa vie sur une planète neuve.

Puis les scientifiques ont ajouté : « Nous croyons qu’un jour, dans un futur plus-que-parfait, il sera possible d’explorer cette planète ». C’est là que j’ai compris que ma nouvelle adresse était à 40 milliards d’années d’ici. En plus, avec le gaz qui coûte cher ».

Une fois ma déception, due d’abord par un engouement, passée, je me suis mis à penser.

On vient de découvrir une nouvelle planète. Ça peut intéresser beaucoup de monde ça. Mettez de côté l’inaccessibilité à s’y rendre. Et voyez toutes les belles possibilités qui s’y offrent.

D’abord pour les nouveaux conquérants. Chaque pays rêve d’extensionner leur territoire. D’avoir un territoire plus grand à couvrir de son drapeau. Et ne soyez pas naïf. Ne croyez surtout pas que ça arrangerait les choses entre Palestiniens et Israéliens. Ça ne serait que d’autres territoires à se disputer.

À qui d’autres une planète vierge peut-elle porter intérêt?

Tous les inc. & .com de ce monde. Ces compagnies qui rêvent de combler un besoin sur une planète encore pleine de potentiel. Vous avez une business, et bien toutes les possibilités s’offrent à vous. Essayer d’imaginer le nombre de terrain à vendre? Une chance en or pour les agents d’immeubles en devenir.

Mais les plus à craindre de tous dans cette découverte, ce sont les prêcheurs d’éthiques. Je m’explique.

Avant de partir sur notre nouvelle planète, il faudra se munir de règles et de code d’éthique. Il y aura d’abord des groupes de travail qui feront des études sur ce qui ne va pas sur notre planète. Puis ils publieront leurs recommandations pour la nouvelle destination. Ensuite, d’autres auront à décider pour nous comment s’organiseront nos vies. Je ne trouve pas ça très rassurant, d’avoir un plan de vie dicté par un fonctionnaire.

J’ai défait mes valises depuis que toutes ces réflexions ont germé. De toute façon, même s’il y avait déménagement sur une future planète, vous imaginez le bordel le premier juillet.

jf daunais

La poussière de nombril

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C’est que j’en accumule depuis trois jours. De la poussière de nombril. Plus précisément depuis que j’ai entamé ma convalescence suite à mon opération. Ceux à la mémoire longue se rappelleront d’une chronique sur mon besoin vital de sport, de courir et d’une blessure qui était venue changer la donne. C’était en décembre. Pour ceux qui n’en n’ont plus aucun souvenir, ça importe peu.

Depuis vendredi matin, je porte régulièrement mon doigt au fond de se trou, qui me réserve toujours une surprise. C’est immanquable, chaque forage d’index, me ramène à la surface une saleté. Le nombril est de ces endroits comme il y a dans chaque maison. Un endroit stratégique où se retrouve la poussière (les derrières de portes, ça vous dit quelque chose).

J’avoue que mon trou de nombril est habituellement propre, mais jamais il n’y a eu fouille aussi précise. Comme un archéologue qui examine chaque morceau que l’on retire d’un site en espérant y trouver un sens. Bien entendu je fais autre chose de mes journées de repos, mais le nombril est un incontournable.

Certains croient sûrement que je m’ennuie royalement pour m’attarder avec tant d’intérêt à mon nombril, mais quand on est couché toute la journée, on ne peut pas toujours être dans la stimulation intellectuelle.
En fait, ma position allongée a débuté jeudi, quelques minutes avant l’opération. Sur mon lit d’hôpital, j’attendais qu’une salle d’opération se libère pour me recevoir. Aussi simplement que d’attendre une table au restaurant. Et là, les yeux au plafond, je me mets à penser.

Je m’imagine dans la même position allongée, dans un même corridor d’hôpitaux, mais des années plus tard. Et naturellement, je pense à la mort. D'une certaine façon, je prends de l’avance. Je pense à ce que je pourrais penser.

Dans mon cas, j’ai fait une rétrospective. Pas encore trente ans, ça vous ne fait pas un vécu à long terme. Mais j’ai tout de même dépoussiéré ma mémoire. J’ai pensé à mon enfance, à ma famille, à mon premier chien, mon premier french avec la langue. Puis tout le reste a défilé comme si une présélection avait été faite d’avance.

Ce que j’ai retenu de ce petit film; tout tournait autour de moi. Mourir, bien que ça soit la chose la plus universelle, est avant tout basé sur soi. On se retourne sur qui on a été, sur qu’est-ce qu’on a fait. On veut plus savoir si notre beau-frère avait raison sur la qualité des soins du système de santé. On prend la planète et on se l’oriente sur son propre nombril.

Je suis parti en opération avec cette réalité en tête. Bon, mon angoisse ne pouvait être que minime, c’est pas avec une reconstruction du genou que l’on met fin à ses jours. J’ai seulement eu un avant-goût du moment.

C’est dans la salle de réveil que pour la première fois, j’ai commencé à me fouiller dans le nombril. Tant qu’à tout centrer sur soi-même, autant bien avoir un endroit propre.

Jf daunais

La bête humaine

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Il y a cinquante-deux samedis dans une année. Cinquante-deux opportunités, projets prévus à l’avance, souper entre amis ou possibilités de sortie. Et ce samedi soir ci, la faune a décidé de se faire belle et de partir en quête d’aventure.

Elle a choisi de s’entasser dans les bars. Toute la nuit, on compilera de petites histoires sans intérêts pour le grand public, mais tellement cruciales pour le plus commun des mortels.

Il est encore tôt et pourtant déjà derrière le comptoir, ça s’agite comme des fourmis. Elles sont surchargées et transportent quatre verres par main. Dans l’espace restreint derrière le zinc, elles se frôlent et s’évitent de justesse, mais sans jamais arrêter le travail.

Quelques tables ont trouvé preneur et déjà on peut annoncer qu’il y a plus d’un chat dans la place. La porte vient juste de se refermer suite à l’arrivée du fier Coq. La crête enduite de fixatif, il avance d’un pas surconfiant. Sa route jusqu’au comptoir est bourrée d’appels du regard à la foule.

À côté du Coq, qui impose fièrement sa droite posture, deux Criquets accumulent les bières froides en se racontant des souvenirs de l’été dernier. Ils parlent à voix haute, enterré non pas par la musique, mais par les jeunes Loups qui festoient bruyamment.

Pendant que l’endroit se remplit à pleine capacité, les Fourmis s’activent à satisfaire toute cette meute disparate. À peine minuit et déjà tous ont fait leur entrée. Quelques Étalons qui cachent la vérité sous un caleçon falsifié, de charmantes Brebis, les chauds Lapins qui rentreront seuls en taxi et les Poulettes qui veulent à tout prix faire tourner les têtes.

L’arachnide à la console enchaîne les chansons sans que les jambes y trouvent une pause. La piste de danse n’offre plus un seul cube d’air de libre. L’alcool coule sur des flots tranquilles. Tout le monde a soif et les Fourmis veillent à les rassasier tout le monde.

Le Coq tente quelques manœuvres d’approche sur des Brebis pas intéressées. Il se rabat sur les Chattes en chaleurs attablées dans un coin. Un Étalon tente une tactique de flirt plus agressive, mais c’était ne pas savoir qu’il tomberait sur une Poulette au territoire déjà marqué.

Au bar, les deux Criquets ont cessé la discussion, l’un d’eux vient de remarquer une jeune Cigale. Elle est seule et silencieuse, un verre à la main. Le Criquet voudrait l’aborder, mais quoi lui dire sans lui parler de météo et de réchauffement climatique.

Sur la piste, un jeune Loup cherche le trouble et quelqu’un avec qui le partager. Même pas le temps de s’y appliquer que déjà le Gorille de la place le sort par le collet. Malgré son air repentant et la queue entre les jambes, il termine sa soirée sous le regard amusé de la pleine lune.

Toute la basse-cour fête avec effervescence. Il y a des regards qui se lancent et qui se perdent. Ils y des Poulettes qui trouvent preneur et de chauds Lapins qui voient double. Au comptoir, l’un des Criquets est maintenant seul, alors que son ami s’est faufilé silencieusement jusqu’au côté de la jolie Cigale.

Les Fourmis, jamais trop exténuées, gardent la cadence jusqu’au last call de la soirée. Le DJ surprend les derniers danseurs par un vieux slow qu’on croyait oublié.

Le Coq, paniqué à l’idée de rentrer seul, s’accroche à la première Dinde venue. Le Gorille s’assure que tout se termine en beauté. Et en pleine nuit, ça rentre chez soi, plusieurs seuls, avec l’esprit de reproduction en deuil. Se sentant comme une bourrique, le Criquet cherche son ami, disparu depuis un bon moment.

Inutile de l’appeler. Il s’est esquivé en douce avec la Cigale. Il est rentré avec elle pour la faire chanter le parfait bonheur.

jf daunais

Prendre des vacances

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Vous savez à quoi rêvent les travailleurs de ce monde. Pas une augmentation de salaire, pas un meilleur emploi et encore moins une semaine de quatre jours. Ils rêvent de vacances. Ils rêvent de leurs congés si longtemps attendus. Ce moment précieux où l’on décroche du quotidien. Ce court laps de temps qui nous est donné pour apprécier les heures qui passent. Un rare moment où ne rien faire devient une option envisageable.

Les vacances, se sont d’abord le repos. Se soutirer de la vie dans laquelle on ne choisit pas toujours de vivre. Ou la guerre dans laquelle on n’a jamais voulu s’impliquer. Les vacances, ce n’est pas seulement un rêve d’Occidentaux, c’est une aspiration mondiale.

Il y a ces temps-ci sur la planète, une espèce de chaos qui grandit, qui sévit. Chaos n’est peut-être pas le terme exact. Plutôt, une recrudescence de la violence, de la haine et de l’incompréhension. Les plus avertis me diront qu’il n’y pas d’augmentation et ce n’est que la médiatisation des sujets qui est plus grande. Mais reste l’évidente apparition d’une sorte de tension nouvellement palpable.

Outre les nombreux conflits armés, qui tuent, violent et détruisent, il y a aussi un désaccord mondial. Sur les questions religieuses, sur la vision de liberté, de démocratie, de contrôle économique. Ces temps-ci, j’ai l’impression que tout le monde en veut à quelqu’un. Pour décompresser, on blâme le voisin. On expulse notre trop plein de stress.

La tension est planétaire. La poudrière semble être à l’échelle terrestre. Le besoin de vacances est d’ordre mondial. Pourquoi pas des vacances de la construction pour tous les conflits. Un break à Gaza, quelques jours à la plage en Afghanistan et de grasses matinées à Bagdad.

Juste quelques semaines. Le temps de faire sortir la steam et d’évacuer le stress. Après on retourne au bureau, au char d’assaut, aux manifestations, avec la tête un peu plus reposée.

Je sais que c’est pas aussi utopique que prôner la paix, mais avant que la planète nous fasse un burnout, quelques jours de repos ne seraient pas perdus.

Jf daunais

Le Flashback

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Le concept même du flashback (qui veut dire retour en arrière) est propre au cinéma. Si vous n’êtes pas sûr de bien comprendre, revoyez « Titanic ». Le film entier est un flashback. Ce qui m’étonne, c’est que le cinéma s’est muni d’un terme désignant ce retour en arrière, alors que dans la vie, je ne connais pas de mot propre à cet état. Je sais que les plus culturés me parleront de « déjà vu ». Bon d’accord, mais trop énigmatique pour moi, comme si cette expression laissait planer un doute ésotérique dans mon esprit.

Un flashback, c’est évocateur. Ça nous ramène directement sur place. Pour exemple, un cliché : l’odeur de peppermint qui vous rappelle vos grands-parents. Juste à l’odorat, vous revoilà dans ce salon figé dans une époque passée, avec votre papi et mamie qui veillent sur vous pendant que vos parents prennent congé de votre présence. Ça, c’est un flashback. Ces mêmes flashbacks qui font aussi renaître les dimanches à l’aréna à cause des odeurs de la glace, des chambres et du casse-croûte à l’entrée.

Parfois c’est l’odeur qui vous ramène en arrière et d’autres fois, c’est une évocation visuelle. J’élabore.

Récemment, je me suis retrouvé à l’hôpital Notre-Dame. J’y étais pour rendre visite. J’y suis allé en étant conscient du possible « déjà vu » auquel je pouvais faire face. C’est que quelques années plus tôt, mon père y a été hospitalisé. Et pourtant, en tant qu’humain en mesure de prendre contrôle sur soi, il y reste des choses sur lesquelles on n’a aucune emprise.
De soudainement me retrouver dans ces mêmes corridors. Dans ce deuxième sous-sol aux couloirs de néons. Le même éclairage, les mêmes chemins en labyrinthes. De me revoir assit à la cafétéria, devant mon cabaret de bouffes presque intouchés. De revivre en détail chaque moment d’attente dans la salle des soins intensifs. Soudainement, c’est tout ça qui m’est revenu à l’esprit d’un seul coup. Tout étant encore plus précis que mes souvenirs que j’en gardais. Un flashback comme au cinéma.

Il m’a suffi d’une brève marche pour me retrouver sept ans en arrière. Pour me revoir vivre avec l’hospitalisation de mon père. Avec toute l’incertain et toute l’impuissance auxquels on fait face. Un flashback comme celui de l’odeur des patates frites à l’aréna, qui m’a ramené la même boule à la gorge que l’on n’arrive jamais à avaler, malgré l’effort.

Réjouissez-vous, un flashback n’est pas conditionnel à des souvenirs tortueux. Mais peut-être se rappelle-t-on plus aisément de ce qui nous a fait mal de ce qui nous a fait rire? Pour une fois que je voudrais me tromper.

j.f. daunais

Le côté Hérouxvillois

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C’est un vrai bordel depuis une semaine. Une tempête médiatique sous forme de sondages et d’opinions. Un événement « crotte de mouche » grossis puissance mille au microscope. L’amplification des pensées d’un maire coloré. Et malgré tout cela, ressortent quelques malaises et problématiques.

Bien qu’à première vue, tout cela semble être un coup de publicité. Après la montée fulgurante de Stéphane Gendron (maire d’Huntington), certains maires de petites bourgades se sont sentis inspirés. Eux aussi croient maintenant à leurs quinze minutes de gloire. En plus, on cherche toujours un remplaçant à « l’Avocat et le diable » ou sur une panel de débateur à TQS.

Depuis une semaine donc, on s’acharne à dépeindre le maire d’Hérouxville comme un paysan sans culture. Un peu partout on fait les condescendants. On méprise ce maire de village. Parlez-en à Guy A Lepage et son acolyte qui se sont payés la gueule de l’homme dimanche soir. Mais derrière toutes ses railleries, il reste le projet voté par le village. Car bien que ça fasse une semaine qu’on discute de l’événement, je n’ai toujours pas l’impression d’en être bien plus informé. Bon d’accord, ils sont contre la lapidation des femmes, mais quoi encore.

Derrière tout ce flafla de divertissement, il y a autre chose de plus profond. Il y a la facette cachée de chacun d’entre nous. Le côté Hérouxvillois qui sommeille dans chacun des Québécois. Car bien que l’on puisse trouver le projet de loi du maire complètement débile, reste qu’il y a quelque chose de profondément commun.

Dans un Québec, qui historiquement a lutté pour se réapproprier sa culture face à la domination anglophone, il y a un patern qui semble ressurgir. Le Québec se dit une société ouverte sur le monde et pourtant quand vient le temps de discuter d’arbre de noël sur la place public, notre ouverture ferme rapidement ses portes.

Sans être nécessairement raciste, il peut s’avérer normal qu’un jour ou l’autre il nous arrive d’être contre un accommodement. Et ironiquement, votre voisin, lui, pourrait être tout à fait en faveur. Ce débat sur la multiethnicité est un débat universel encore très jeune par chez nous. Mais il est grand temps qu’on discute sur le sujet. Temps d’admettre que l’on n’est pas parfait et que parmi la panoplie de rituels appartenant aux nouveaux arrivants, des choses peuvent carrément nous déranger.

Il est trop facile de planter le maire d’Hérouxville pour se donner bonne conscience. Remercions-le plutôt de nous questionner et de nous montrer une réalité que l’on préfère ignorer. Le Québec, ce n’est pas seulement Montréal. C’est un ensemble de visions divergentes sur un questionnement commun.

jf daunais

Essayer de faire bien

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Ça aurait pu être une raison idéale, mais ça serait vous mentir. Si ma chronique est retardée de quelques jours, c’est par pure paresse. Mais le mensonge qui aurait pu me desservir : je suis parrain depuis dimanche.

C’est un honneur que d’être nommé parrain, même si après tout, ce n’est qu’un titre. Parce que derrière le standing du parrain, il y a beaucoup plus. Nettement plus que le cadeau qu’il faut absolument donner. Plus que le simple titre légal. Derrière cette responsabilité, il y a autre chose. Du moins, c’est ce que j’y vois.

J’y vois quoi? Une toute petite fraîchement débarquée dans la vie, qui va me regarder avec ses grands yeux remplis d’explorations. Cette p’tite là, va ben falloir que je lui dise quelque chose un jour ou l’autre. Que je répondre à une ou deux de ses questions. Va ben falloir que je montre un peu de signes de responsabilité. Que je complète une éducation qui ne sera ni parentale, ni scolaire et ni télévisuelle. Je vais lui raconter quoi moi?

On risque de commencer par le silence. D’abord celui entre toi et moi. Écoute petite, tu n’entends rien. C’est bien normal, c’est à ça que ressemble le silence. Tu vas voir ça n’arrive pas souvent. Et bien assez vite, tu voudras parler. Et là les choses vont prendre une autre tournure.

De quoi veux-tu que l’on cause? De musique. Pourquoi? Tu risques de te foutre de ma gueule assez rapidement, avec mes choix dépassés. Mais bon, je me mets au défi de te faire aimer la voix grave et apaisante de Cohen où la délicatesse tristounette de Buckley. Pour Desjardins et Cash, je laisse ça à tes parents. Prépare-toi la p’tite, je te réserve des mixtes pour les années à venir.

Et un jour, tes parents te feront comprendre ce que ton parrain fait de ses semaines de travail. Là, tu voudras que je t’écrive un rôle sur mesure pour tes aspirations d’actrices. On jouera à faire du théâtre avant le dodo et je t’inventerai des histoires pas possibles jusqu’à ce que tu sois en âge de tout remettre en doute. Et quand je serai en manque d’inspiration, je te raconterai l’actualité de la journée par le biais d’histoire de châteaux, de pirates et de chevaleries.

Je te trouverai des surnoms différents à chaque nouvelle rencontre et tu me poseras des questions pièges (que tu auras préalablement posé à tes parents). Tu valideras tes réponses. Et quand tu me parleras de l’amour, tu auras droits à mes mille et une théories en rien scientifiques sur la question. Je te dirais tout le bien et tout le mal de l’amour et ce garçon qui te tourne autour à l’école, de lui foutre un coup pied au cul. Dans mes histoires, la princesse n’attendra pas naïvement son prince charmant.

Ton parrain à ses qualités et ses défauts. Je ne serai donc pas un gage de vérité. Je serai juste une personne de ton entourage qui voudra que tu deviennes une fille bien. Bien comment? Bien comme on le découvrira en te voyant vieillir. Peut-être bien comme première de classe, peut-être bien comme jeune fille à la mentalité originale. Mais disons que tu sois assez bien pour éviter que tu me traites de vieux cons à tes quatorze ans.

Et même si je souhaite te voir devenir bien-je-ne-sais-pas-comment, je ne pourrais pas t’empêcher de faire tes milles et une connerie de jeunesse. Et probablement que si tu me les racontes, je poufferai de rire. Je relativiserai le tout par une phrase de vieux croûton : « que jeunesse ce passe ». Tu poufferas de rire à ton tour.

En fait, mon éducation sera en rien concrète. Tout ce que je pourrai réellement t’offrir, c’est une vision très personnelle de la vie. C’est souvent peu de chose. Observer les gens sur la Sainte-Catherine, jouer au roi de la montagne, te donner la permission de te coucher plus tard que prévu et de te faire goûter les délices du vin en cachette. Mais ça, c’est un secret entre toi et moi.

J’ai eu beau fouiller dans les bibliothèques, googeler le sujet, m’informer dans mon entourage, je n’arrive à aucune réponse sur « comment être le parrain idéal ». Nous sommes donc les deux devant l’inconnu (peut-être pas autant que toi qui vis tes premiers jours). Nous nous expérimenterons un et l’autre. Les deux sur la même longueur d’onde et en même temps placé à deux extrémités. Toi qui me trouvera vieux et moi qui te trouverai jeune. Quelque part entre ces deux pôles, on se trouvera une place qui nous unira un peu.

jf daunais

Dans l’bon vieux temps ça s’passait de même…

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On dit que la mémoire est une faculté qui oublie. Faux. La mémoire est une faculté qui embellit.

Tout dernièrement quelques voix se sont élevées dans le médiatique pour s’exprimer sur la jeunesse et la future génération d’adulte. Également, suite aux dernières sorties de Jacques Godbout (sur l’inculture des jeunes), de Lise Payette (sur la télévision) et de Charleboix et Leloup-Leclerc (sur la musique), j’ai eu moi aussi l’envie folle de m’exprimer sur la question. Pas pour les défendre, pas plus pour les pourfendre.

Le discours de ces quatre personnages médiatiques ont tous un point en commun, ils lèvent le nez sur ce qui ce fait aujourd’hui par une plus jeune génération qu’eux. Peut-être pour avoir le sentiment qu’ils ont été meilleurs. C’est une simple hypothèse. J’admets, que ces sorties font un peu mon oncle qui-lui-y-connaît-ça, y’en a du vécu. En fait, ça ne serait pas un peu prétentieux de penser que l’on détient un savoir, un acquis, une sagesse face à une jeunesse égarée, sans culture et brouillonne.

Dès que j’ai appris les énormités dites par ce quatuor cité plus haut, j’ai tout de suite fait le réactionnaire. Une bande de fini, une bande de cons en quête d’un peu d’intérêt personnel. Puis la poussière est retombée et je repris la raison sur la pulsion. S’ensuit une période de réflexion. Reste qu’il faut être prétentieux pour se permettre de juger la jeunesse aussi aisément. Pourtant, je commence aussi à croire que c’est un peut-être un réflexe tout à fait normal.

Combien de fois, les gens de mon âge partent-ils sur une lancée de répliques fétiches attribuables à « Passe-Partout ». Et ça, c’est quand ils ne dansent carrément pas sur les comptines de la défunte émission. Pourquoi la station Chom (97.7 fm) roule sur le même créneau musical depuis des années? La piste « stairways to heaven » doit être rayée autant sur vinyle que sur CD. Et n’oubliez pas, la télé série « Lance et compte » qui compte encore nombreux fans de la première édition.

Un peu partout les groupes d’âge n’appartenant plus à la jeunesse font de la profonde nostalgie. Ce sentiment qui les amène à trouver leurs époques, leurs jeunesses et leurs souvenirs s’y rattachant, tellement mieux que ceux véhiculés aujourd’hui. Entre vous et moi, avez-vous regardé les « p’tits bonhommes » du samedi matin? Ça n’a rien à voir avec nos G.I. Joe, Transformers, Démétane et Maya l’abeille. En plus, notre nostalgie fait vendre. Combien de nouveaux coffrets DVD sortiront ce Noël récupérant nos émissions de télé de jeunesse?

Et désolé pour tous ceux qui ne veulent pas me croire, qui ne veulent pas accepter ce triste sort de ne plus être dans le coup. Désolé de vous l’apprendre, mais c’est comme ça. Justement, c’est pas exactement ça, la jeunesse. Être autre chose que le reste. Une jeunesse, ça appartient aux jeunes et bien que l’on tente de s’intéresser positivement à leurs cultures, il n’en reste qu’en bout de ligne, ce n’est que du rattrapage avant d’être largués. On est nostalgique de notre jeunesse, peut-être parce qu’on n’arrive pas à comprendre celle qui a lieu présentement? C’est une routine générationnel. Chaque fois on est devant la répétition. Comme sur ce qu’il se disait de notre génération, alors qu’on rêvait d’avoir un château fort comme dans la « Guerre des Tuques ».

L’incompréhension de la culture de la jeunesse actuelle nous amène à nous retrancher dans nos souvenirs pour nous réconforter et se rassurer. Dans notre temps, y’avait pas de ça des gangs de rues. Difficile de se retrouver devant l’inconnue, alors on ressasse notre nostalgie et pour vraiment se rassurer on crache sur la jeunesse d’aujourd’hui. On les discrédite pour valider notre ignorance à leur mode de vie.

Ne faites pas les contrariés moi-je-ne-suis-pas-comme-ça. Si ça peut vous rassurer, cette jeunesse que l’on critique fera de même dans dix ans sur la suivante.

jf daunais

LE LOOSER

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Il y a comme un goût du jour qui cours ces temps-ci, au menu; les tueurs adolescents. Vous savez, vous les avez vus à la télé. Ceux qui entrent armé dans une école et font une épuration des lieux. Ces temps-ci et depuis l'incident Dawson, on suit à la trace chaque nouvelle tuerie qui se déroule dans les écoles de l’Amérique. Il se passe quelque chose avec la mort qu’on tolère mal de ne pas arriver à le comprendre. Un peu comme les pilules, on nous gave de théories préfabriquées sur les possibles responsable: la musique, le gothique, les jeux vidéo, les films violents et j'en passe. On cherche à trouver la source qui a réveillé le tueur qui dort dans l’adolescent. Et si c’était autre chose.

Ça commence à faire loin, mais j’ai encore des souvenirs de mes cinq années au secondaire. De très belles certes, mais de très dures aussi. Le secondaire, c’est vivre son Vietnam personnel. C’est la possibilité de vivre une journée qui vous rentre-dedans parce qu’on a le malheur d’avoir un bouton dans le front ou des bas blancs. Le secondaire c’est l’humain dans sa plus grande insécurité. On se fait fesser dessus parfois et des jours ce sont nous qui frappons. Les plus durs, eux, frappent avec un bâton. Le secondaire est une période difficile. Mais si on passe au travers, peu de chose par après peuvent arriver à nous blesser avec autant de précision. On entre au secondaire un peu naïf et on en ressort avec une belle carapace flambant neuve.

Pour certains, la période du secondaire n’offre pas la chance de frapper sur les autres. Pire, ceux-là n'arrivent pas à même éviter les coups qui pleuvent sur eux. Ils n’ont simplement aucune chance. Le nombre d’assaillants dépasse leur force. Ils portent parfois des bas blancs et par un triste destin du sort, ils deviennent des véritables cibles humaines. Ils sont les loosers de service.

Sans être en mesure de l'expliquer, il y a de ces moments où me reviens le souvenir de loosers qui peuplaient mes années d’études. Ils étaient un exécutoire pour tous les autres. Ils étaient notre chair à canon. C'était eux qui m’évitaient de me faire trop passer au cash. Il faudrait peut-être qu'on les remercie tous, mais des excuses seraient peut-être plus appropriées.

Tout dernièrement, j'ai fait l'association entre nos martyrs de secondaire et l'annonce de tueries dans une école. Sans peu vous paraître exagéré comme lien, mais j'ai vraiment l'impression qu'on en a blessé sérieusement. Pensez à votre pire peine d'amour et multiplia par dix. Pour eux c'était du quotidien.

C'est peut-être pas seulement jeux vidéo, film, musique, gothique ou les mathématiques. Une part des responsabilités peut nous revenir. Du moins, il faudrait commencer à les voir comme des humains. Ce qu'on a oublié de faire avec les loosers.

jf daunais

La démarcation

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Ce matin, j'ai émergé. Émergé d'une longue et belle fin de semaine. Vous savez, un temps ou l'on ne consulte même pas sa montre. Qu'on oublie la date, et dans le meilleur des moments, on arrive même à oublier le nom de la journée à laquelle on a faire. Il y a quelques jours, j'étais là, dans cette béatitude. Dans ce moment intemporel que l'on regrette presque une fois passée. Mais comme je vous disais, ce lundi matin, j'ai émergé. Mon cadran s'est remis à sonner aux aurores habituelles, et mes vacances sont sur le point de se terminer. Et malgré cela, j'ai un abominable sourire de bonheur greffé au visage.

En fait, je n'ai pas émergé ce matin même, car déjà une bulle d'air s'est rendue jusqu'à moi dimanche. Une toute petite bulle, mais qui m'est rentrée dedans avec déplaisir. J'avais beau me sentir léger. Léger comme si je marchais sur un nuage, il reste que la mort d'Émilie m'a pris par surprise. À l'annonce, c'est l'image d'une jeune fille de secondaire 2, sportives, qui m'est venue en tête. Une fille qui excellait dans tous les sports qu'elle pratiquait. Mais la réelle image que je me garde, c'est celle d'Émilie sur une piste, qui coure avec une largeur d'épaule de nageuse Est-allemande. De mémoire, le surnom qu'on avait donné à sa technique de course était "The refrigirator". Avec le temps, elle devenue l'athlète qui aimait courir. Celle que les médias ont fait éloge. Puis un accident de la route, aussi banale que les milliers d'autres accidents de la route. Elle avait 25 ans. Moi 28. Ce fût une bulle d'air difficile à digérer ce jour là.

Le même jour, un avion léger atterrissait d'urgence sur l'avenue du parc à Montréal en plein dimanche après-midi. Un avion dont les moteurs ont lâché, ce qui habituellement est de mauvais augures. Un peu comme être dans une voiture qui n'a plus de frein. Un vol plané au-dessus de Montréal et pas une piste d'atterrissage à porter de main. Une situation, qui plus que souvent, se termine mal et en première page. Il y a quelque chose qui dépasse l'imagination quand on voit ce petit avion de paille posé sur un boulevard. Aucun mort, des blessures légères. Une histoire dont le pilote fera ses choux gras le reste de sa vie.

Deux jours plus tard, un autre avion léger piquait du nez et ce n'est pas en douceur qu'il a terminé sa course sur l'alsphate. Même histoire, mais une fin différente.

Aujourd'hui donc, j'ai émergé. Retour à la réalité. Fini l'ivresse et le confort du temps qu'on oublie de voir passer. Aujourd'hui, ce n'est pas juste une bulle d'air qui m'est rentrée dedans, c'est l'atmosphère au grand complet qui m'a secoué. Un jeune dans la vingtaine entre dans un collège et tir à bout portant; un morts et une vingtaine de blessés. Je n'ai pas envie de vous parler ni de la polytechnique, et ni de Columbine. Encore moins de chercher la comparaison avec nos voisins du sud. Je n'ai pas envie de chercher à comprendre le pourquoi du comment. Les médias en font déjà tellement trop.

Ce qui me chicotte, c'est autre chose. C'est beaucoup plus petit. Ça se cache derrière le pourquoi du comment. C'est la fragilité. La démarcation entre ce qui vit et ce qui meurt. Le petit fragment entre une perte de contrôle d'une voiture et un atterrissage en douceur. Un petit rien qui fait que, ou bien tout s'arrête, ou bien l'on passe à une autre journée. Je ne sais toujours pas si le destin existe, mais aujourd'hui, une fois émergé, j'ai eu envie de retrouver mon état de bien-être dans lequel je baignais. Un état dans lequel je me sentais vivant. Y retourner et m'y emmitoufler, le temps que ça dure. C'est pas juste fragile, c'est aussi incertains la vie.

jf daunais

Polir les souvenirs

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Quelle surprise! Les coûts des hôpitaux CHUM-CUSM dépassent leurs budgets initiaux d'environ 1 milliard. Sacré Libéraux. Eux qui se targuait si fièrement qu'ils ne feraient pas la même erreur qu'avec le métro de Laval. C'est beau de rêver.

Une des solutions qui a été amenée cette semaine pour sauver la situation: ne construire qu'un seul centre hospitalier Universitaire. Idée simple, qui semble plaire à la population (selon un rapide sondage, 73% en faveur). Idée logique et surtout si on explore un peu partout dans le reste du monde. On n’y construit qu'un seul hôpital de ce type. Alors pourquoi qu'ici, au Québec, plus précisément à Montréal, nous devrions avoir absolument deux des ces monstres administratifs. Avons-nous une population plus à risque aux maladies? C'est quoi le problème d'abord? Ah oui, j'oubliais, on est en terrain bilingue.

Entretenu par les politiciens et les directeurs des hôpitaux impliqués dans le projet, la bonne vieille querelle entre français et anglais est ressurgie comme une raison tellement valable: "(...) mais à cause de l'histoire et de la culture ici, ça n'arrivera pas. Si on dit aux anglophones vous n'aurez pas vôtre CHUM anglophone, ils vont crier au racisme". En lisant cela, j'ai eu l'impression de faire un voyage dans le temps, d'être en 1960 sur St-Laurent et d'assister aux quotidiennes bagarres entre franco et anglo. Un retour aux souvenirs de ma mère sur les batailles de boules de neiges sur le chemin de l'école. Est-ce encore une réalité si présente aujourd'hui? Où plutôt, est-ce qu’on n'entretient pas ce vieux mythe comme seule raison valable pour quelques dirigeants en quête de leur propre centre hospitalier. Question de prestige naturellement.

Ce qui m'épate, c'est la façon qu'on réussit à oublier la population. Cette population, qui lentement admet que l'anglais n'est pas nécessairement un tort. Cette population qui écoute des films et de la musique aussi en anglais. Cette population, qui sans être comptable agrée certifié, a vite compris la nette réduction des coûts si on ne construisait qu'un seul de ces centres hospitaliers. Une population qui veut d'abord des soins de santé, dans les deux langues et qui ne s'attarde pas à savoir si le nom de son docteur est Tremblay où Downey. Les gens, à l'inverse de nos décideurs, sont nettement plus rationnels et ils comprennent qu'ici on ne parle pas de langue, mais d'argent. Qu'on arrête de sortir du placard, le spectre de l'incompréhension entre français et anglais.

D'ailleurs, il ne serait pas de meilleur augure, voire même un pas dans la bonne direction pour une réconciliation, que d'unir un projet aussi important entre deux solitudes? Il est grand temps de faire le pont. Il est temps d'aller prendre une marche dans l'ouest de Montréal. Il est temps d'inviter quelques anglo au Saguenay et en chemin, faite leur donc écouter les Colocs. Sur la route, vous découvrirez des québécois comme vous, mais qui ont un sens de l'humour avec beaucoup plus d'autodérision que le notre. Il est ne serait pas grand temps d'arrêter d'être offusquer d'avoir deux langues dans notre provinces et de tenter de les développer pour qu'un anglais puisse avoir envie de parler français et pour qu'il aille voir ce qui se passe à Québec. Pour le puriste francophone aussi, la culture anglophone d'ici est très riche et une p'tite soirée de Spoken words vous délierait l'esprit, j'en suis sûr. On a souvent brandit, un contre l'autre, la menace de la disparition de sa langue et jusqu'à maintenant, cela s'est toujours passé sur le terrain de la confrontation. Serait pas le temps d'essayer autre chose.

Soyons réaliste ou plutôt pessimiste, le gouvernement ne prendra aucune chance et il va nous trouver un moyen pour nous faire avaler les deux grosses pilules CHUM et CUSM. Probablement en poussant avec son doigt jusqu'au fond de la gorge. De mon côté, j'aurais préféré une seule pilule, peut-être au goût une peu bizarre au début, mais qui sait l'effet bénéfique que cela aurait eu.

Après on nous dira que les gens ne intéresse pas à la politique. Faudrait d'abord que la politique s'intéresse aux gens.

jf daunais

La vie c'est moins désespérant en chantant

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Je me souviens très bien. J'ai 16 ans, je suis un adolescent dans la moyenne et je porte des broches. Vous voyez, assez typique. Je me souviens très bien à cette époque d'avoir déclaré haut et fort que jamais je n'écouterais de musique jazz. J'avais une répulsion face à cette musique, que j'identifiais probablement au monde adulte (ou c'était juste mauvais dans le fond). C'est aussi à cet âge que je déclarais vouloir être constamment à l'affût des dernières modes musicales.

Aujourd'hui j'ai vingt-sept ans et j'écoute du jazz. Et je n'ai plus de broche.

La nostalgie m'a pris jeudi soir alors que j'ai vu en rafale trois vidéoclips des "New Kids On the Block". Pour moi c'était un retour à mes racines musicales. Pour moi, ce boys band fait partie de mon initiation avec le monde de la musique. Ce fût une de mes premières cassettes. "Hangin Thought" une chanson que je réécouté à répétition (mais rassurez-vous je n'avais pas de poster du band tiré du Lundi). C'est le tout début des années 90, le mur de Berlin vient tout juste de tomber, nous sommes dans un marasme économique. À la maison tout est tranquille. Une banlieue comme les autres, brune et en briques. J'ai 12-13 ans et j'écoute mes premières cassettes dont le "El mundo" de Mitsou.

Je remercie mon entrée au secondaire. Pour ma rencontre et le choc avec les autres. Les "Kid Du New Block" ont pris le bord, mais j'avais du rattrapage à faire. Je me suis donc abonné à « La Maison Columbia ». Vous connaissez la suite. J'ai découvert les classiques. Les Doors, Cat Stevens, U2 et Bob Marley. Pendant ce temps je n'avais pas grand intérêt pour la musique québécoise. À ce début d'adolescence, il y avait une planète tout entière qui tournait, mais moi j'étais surtout préoccupé à savoir si la fille près de mon cassier allait me donner un regard. La guerre en Irak? Tout ce que j'en garde comme souvenir, c'est des images verdâtres de bombes qui atteignent des cibles quelconques. Il y a aussi ma mère et mon père qui acceptent le fait qu'ils ne sont finalement pas faits un pour l'autre. J'apprends la nouvelle dans l'auto par mes sœurs.

J'ai vieillie quelque peu pendant que moi et l'économie sommes dans un creux. L'avenir semble sans intérêt. Je sors enfin de ma nostalgie musicale et de mon abonnement à « la maison Colombia ». Arrive les guitares violentes de Nirvana, la tristesse dans la puissante voix d'Eddie Vedder, les paroles incompréhensible, mais défoulatoir de Nofx et Leloup, la bête musicale. J'étais aussi dans le creux de la vague de l'adolescence. Celle où tout ce qui nous entoure, ne nous ressemble en rien. C'est à travers cette musique empreinte de rage que j'ai été le cliché typique de l’adolescent troublé. Ne me demandez pas ce qui se passait à cette époque, j'étais bien assez occupé avec moi-même. Un seul souvenir: le deuxième référendum perdu dans un salon avec d'autres adolescents troublés. C'est à ce moment que ma musique de désespérée fût récupérée. C'était maintenant du grunge et de l'alternatif. Du Green Day et Offspring, vous comprenez ce que je veux dire. Pour la planète, l'économie se relève et la vie en .com naît dans un laboratoire au États-Unis. De mon côté, je visite beaucoup de bar, mais j'ai vite un faible pour une taverne en particulier.

Puis arrive l'Université et on devient un peu plus curieux. J'accepte d'écouter des trucs différends, je fouille ailleurs. C'est là que je découvre Cohen entre autre. Soudainement, je découvre qu'il n'y a pas juste moi qui a un nombril. La musique change de cap: le rap et hip-hop prennent le devant de la scène et deviennent un créneau à exploiter. Nous entrons dans une ère plus prospère. Les gens sortent enfin de la déprime et bougent aussi aux rythmes des beats électronique. Moi? Je reviens de voyage et en écoutant la radio, une amie me fait un parfait karaoké sur "Tassez-vous de là». C'était la première fois que j'entends cette chanson. Je revenais sur terre, je revenais au Québec, mon lopin de planète.

Aujourd'hui, je n'ai plus de barrières, ni de critères. J'ai l'oreille prête à toutes nouvelles découvertes. Et j'associe toujours la musique avec ma vie. Des événements plus majeurs aux simples quotidiennetés.

Et vous? Aurez-vous un souvenir musical à la naissance de votre premier enfant, lors de votre mariage, lors de moment de pur bonheur, de votre premier baiser. Mais le silence peut aussi très bien faire l'affaire.

jf daunais

Mets du feu dans la cheminée

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Cher Père Noël.

Je sais que ça doit bien faire une vingtaine d'années que je ne t'ai écrit, pardonne-moi cet écart. Tu sais combien c'est pas toujours facile l'adolescence. Mais bon, je suis de retour et j'aimerais te faire part de quelques demandes et objets de convoitise qui pourraient me faire grand plaisir.

Je sais également que tu es très occupé en cette période de l'année. Hier encore, tu débarquais au centre d'achat d'Anjou à bord d'un hélicoptère. Un hélicoptère! Père Noël, fais-moi plaisir et mets à la porte celui qui s'occupe de ton marketing. En plus des séances de photos, tu as tes engagements publicitaires. J'aime particulièrement la publicité que tu as tournée pour "Brault et Martineau". Je sais aussi que beaucoup de jeunes enfants t'écrivent, mais côté ancienneté, c'est moi qui mène. De toute façon, ils vont te réécrire l'an prochain. Moi, je suis du genre à boycotter si j'ai un mauvais service après-vente. Alors voici.

- J'aimerais que pour Noël, tu me débarrasses de Pierre et Yvon. Tu sais pas de qui je parle. Y'a pas le câble par chez vous. Et la télé satellite? Bref, ce sont les deux animateurs des matchs de hockey. Si ça peut te consoler, tu ne perds rien à ne pas les connaître.

- Aussi, peux-tu m'apporter une carte soleil V.I.P., question que j'évite l'attente à l'urgence. C'est rendu plus long attendre pour voir un médecin que d'entrer au café campus un mardi soir en plein début de session.

- Un vélo, mais le plus affreux, le plus rouillé, le plus mal en point que tu peux me dégoter. Peu importe que ce soit un siège banane, que les vitesses ne se changent plus. Tant et aussi longtemps que le truc roule encore. Si tu n'as que de beaux bicycles dans ton entrepôt, laisse faire. Apporte-les aux futurs voleurs. (Si tu veux vraiment en trouver un, passe faire un tour dans les restants des entrepôts du Distribution au consommateur).

- Un livre pour les nuls sur "comment-aborder-une-parfaite-étrangère-dans-un-supermarché".

- Si tu pouvais déposer sous l’arbre un congé sans solde d'un an à Dominic Arpin (l'explorateur urbain) et au nouvel animateur des Francs-tireurs (Patrick quelque chose). Juste parce que le journaliste tout-terrain, comme s'ils étaient en plein centre d’une tranchée en Irak, ça va faire.

- Si tu pouvais mettre le feu à une des deux des maisons Rona juste avant qu'il ait terminé les rénovations. Je sais Père Noël, c'est pas très gentil, mais fais moi pas accroire que Mère Noël te casse pas les oreilles avec le couple des bleus.

- Je voudrais aussi déballer les plans détaillés du métro de Toronto. Les sorties, les wagons, la ventilation, l'affluence. Tout! Pourquoi? Ça vaut une petite fortune sur e-bay ce genre de document là.

- Que Lacaille (prof dans Virginie) fasse partie de la table des négociations pour le sort des professeurs. Pas mal certains que la Jérome-Forget ferait moins sa fringante, surtout si Lacaille sort sa guitare.

- Je pousserais pas ma luck trop loin, mais sincèrement Père Noël, s’il n'y a qu'un cadeau que tu puisses me faire cette année. Juste une chose. Alors, ma seule demande est une tempête de neige (comme dans le temps) la journée des élections. Ça va leur apprendre à avoir choisi la même date que ma fête. Bande d’enfoirées.

Je te remercie pour ton temps Père Noël. Et si tu m'oublies, fais attention. Tes lutins qui travaillent à la production de jouets sont-ils bien traités ? Que je te vois les exploiter à la sauce Wall-Mart. En passant, on m'a dit que ton terrain avait perdu de la valeur. Ah, maudit changements climatiques.

jf daunais

Prendre le temps

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As-tu un agenda? Pas d'agenda, comment tu fais? Es-tu libre le 23 à 18h00? Non, mais peut-être le 22 pour le lunch? On peut se voir, j'ai un trou dans mon horaire le 25 en après-midi. ETC... Ces brides de discussions ne sont pas qu'issue de mon quotidien, mais de celui de bien des gens. Un quotidien pour qui vingt heures n'est plus assez. Faudrait presque trouver un moyen de ralentir la vitesse de rotation terrestre, comme ça on gagnerait un peu plus de temps. Je pense que la Nasa travaille déjà là-dessus. Dieu merci, il y a encore des gens sensés qui besognent sur les vrais problèmes.

Je sais pas à quel moment je suis devenu plus occupé; est-ce un autre héritage de devenir adulte ou est-ce l'ère du temps? Ça non plus on ne sait pas (mais il y a des philosophes allemands qui se penchent actuellement sur la question). Et s’il y avait un peu des deux. Disons que vieillir occupe plus facilement nos journées, mais s'il y avait autre chose encore plus tendancieux. Et remarquer que dans le mot tendancieux, il y a tendance.

On s'entend (ou presque) pour dire que notre société actuelle carbure à la rapidité, à la vitesse, à l'électronique, aux voitures plus rapides, aux plats congelés et aux nouvelles en bref. Tout est raccourci, pour en bout de ligne, en avoir plus. Nos vies sont directement liées à cette façon de fonctionner. C'est très in ces temps-ci d'être occupé, d'être débordé, d'avoir à peine le temps pour rappeler un ami pour juste parler de rien. C'est très tendance d'avoir un agenda et de remplir chaque plage horaire comme si nos vies étaient devenues des canaux de télévision.

C'est tendance de penser que l'on a plus le temps de rien faire. Comme ça, au lieu de prendre le temps, on regrette le temps que l'on a pas. On regrette de ne pas avoir pris le temps d'être allé aux pommes ou d'avoir passé la matinée au lit à siffloter. Il y a une sorte de calcul mathématique étrange qui s'effectue dans nos têtes. Plus on est occupé et booker, plus nos vies sont chargées et plus on a l'impression que notre vie a une valeur. Ça aussi, j'imagine que ça doit faire partie de la loi du marché.

Vous ne comprenez pas mon calcul. Pourtant moi et les maths. Bon je tente une explication. Avoir un agenda griffonné de rendez-vous et de choses importantes à faire, ça nous rassure. Ça justifie notre existence: "je ne fais pas rien, j'suis trop occupé pour ne rien faire moi madame". C'est pratiquement mal vu d'avouer tout bonnement ne rien faire, comme si on était des lépreux galleux ou des parasites du système. Le bon et beau système qui prône une société pro-active. Tu fais rien, c'est que tu es un paresseux.

On accorde de l'importance au nombre d'occupations que l'on est capable d'accumuler dans une fin de semaine: "J'ai laissé le p'tit au soccer, passé chez le nettoyeur, fait l'épicerie, ramener le p'tit du soccer, visité la grand-mère, fait le ménage, soupé chez des amis, magasiné. J'ai pas vu la fin de semaine passer, pis j’te parle pas de ma semaine au bureau". On en est rendu là. À faire l'apologie de nos occupations, juste pour nous prouver à nous et aux autres que notre vie est dûment remplie et que l'on ne la gaspille pas.

Et si rien faire était quelque chose à mettre à l'horaire?

jf daunais

Tout vouloir dire

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" Y'a plein d'affaires qu'on dira pas, y'en a toujours qu'on dit jamais"-Taima

Y'a des moments, parfois juste de brefs instants, où on peut réussir à préciser son idée, sa pensée, son angoisse, sa propre théorie en une seule phrase. C'est ce qui est arrivé tout dernièrement en parlant avec une amie. En quelques mots à peine, elle a résumé quelque chose qui m'obsède depuis si longtemps: le silence. "Notre société nous présente négativement les silences". Bon ce n'est pas exactement comme ça qu'elle l'a formulé, mais ça résume ses propos. Du moins, je crois.

Vous êtes invités chez des gens. Ça fait déjà deux heures que vous discutez autour de la table. C'est votre troisième coupe de vin. Rien à signaler. Puis soudain, sans le voir venir, sans pouvoir l'éviter, un silence. Vous vous dites d'abord que ça va passer, vous prenez une gorgée en attendant que le silence disparaisse. Ah le tabar... il reste. Votre convive joue avec le bouchon de liège, en espérant lui aussi que le silence parte. En somme, tout le monde attend que le silence lève les pattes. C'est finalement votre copine qui prend les devants et relance la conversation en s'informant sur une question dont elle connaît déjà la réponse. Ne riez pas, vous étiez sur le point de faire la même chose.

Un simple exemple pris hors contexte? Voyons voir. À votre prochain tour au club vidéo, approfondissez la théorie. Prenez un film nord-américain et un film asiatique. Comparez un "Invasion Barbare" plus que volubile à un "In the mood for love" qui est tout à fait à l'inverse. Au cinéma, on met de la musique avant les films et on se parle même durant les publicités. On couvre mur à mur le silence. Ici, on veut tout dire en parlant, alors qu'ailleurs on laisse parler les silences. Et bouder, vous pensez c’est quoi comme geste? Eh oui, je suis de cette trempe de poétique finie qui croit que les silences ça ne révèle autant qu'une surutilisation de mots. Il n'y a pas un vieil adage qui dit "Trop en dire pour ne rien dire"? Si non, alors je l'invente à l'instant.

Le silence nous rend mal à l'aise, comme s'il était un échec entre deux personnes qui se rencontrent. Ça ne devrait pas être tout le contraire; l’état du silence avec quelqu'un ne peut faire qu'apprécier le moment davantage. Quand on est plus obligé de raconter les milles et un détail inutiles, me semble que c'est déjà mieux que de déblatérer. Ça devrait être considéré comme une marque d'appréciation que de partager un silence. Vous remarquerez, en Amérique, il n'y pas de silence, même la télévision nous offres du 24h sur 24. C'est sûrement pas très zen. Ensuite on nous considère comme une société stressée, ça fait une raison supplémentaire.

Rassurez-vous, je suis autant obsédé par le silence que vous. La dernière fois que je suis partie en nature pour une semaine, il me fallait absolument de la musique (pour enterrer le silence ou les bruits naturels de la vie). De la musique, des paroles, du bruit, mais toujours quelques choses pour combler la trame sonore de notre vie. Faut vraiment que je fasse une cure. Dès ce matin j'essaie de déjeuner dans le silence le plus total, mis à part des voisins qui écoutent de la musique à 8h00 du mat.

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Un simple aparté pour tous ceux et celles qui ont ajouté le mot "otage" dans leur vocabulaire lorsque vient le temps de parler de grève. Si un mot est bien galvaudé ces temps-ci, c'est bien celui-là. Une tactique médiatique de l'équipe Charest pour donner la frousse à la population du Québec. Comme ancien gréviste (à la SAQ), croyez-moi, j'ai trop souvent attendu des gens qui passaient les piquets de grève avec cette ridicule raison. "Vous nous prenez en otage". Heille chose! De un; c'est de la boisson, mis à part que tu es un alcoolique, je ne vois pas qui est l’otage et de deux; je trouve ça très réducteur pour les otages retenus en Irak. Comparez de l'alcool à une vie humaine, me semble qu'il y a un problème de valeur. Merci à l'équipe Charest de pratiquer, pas la désinformation, mais plutôt la mêlinformation (comme dans mêlée).

Dans le dictionnaire. Otage: Personne qu'on arrête et qu'on détient comme un gage à l'égard d'un adversaire en garantie d'une promesse ou d'une exigence.

jf daunais

l’Étude humaine

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Un de ces derniers soirs, je me suis arrêté, avec un ami, pour la première fois dans le bar "Miss Villeray", qui trône à ce coin de rue comme un monument, presque aussi important que les statues qu'on retrouve dans les parcs. Une icône qui appartient à mon quartier. Bref, nous y sommes entrés pour y prendre une bière. Une grosse naturellement.

Le bar est divisé en deux parties distinctes. À l'entrée, vieux bois d’époque. Sur le mur, une tête de cerf côtoie une horloge commanditée par O'Keef. Bar étroit, dont l'accotoir au bar donne une excellente vue sur les machines de vidéo poker. L'autre partie du bar est probablement une pièce ajoutée aux fils des années. Elle y loge une minuscule table de billard, les toilettes, une autre table, mais de babyfoot et sert aussi d'entrepôt ouvert.

À l'avant, une femme de 45 ans est en discussion collée-collée avec un homme de son âge. Ils ont un peu d'alcool dans le corps, mais ils sont très silencieux. Contrairement à Joe et sa bande d'amis qui monopolisent les machines à sous. Trop nombreux, il y a en toujours un qui doit passer son tour et regarder ses autres amis se faire vider les poches. La timide barmaid nous a donné nos bières et nous avons tenté la table de billard.

J'ai attendu que mon ami paie avant de vraiment m'intéresser au billard. Je n'étais tout même pas pour investir de mon argent dans un truc auquel je n'avais pas envie. J'ai donc patienté, le temps qu'il trouve la monnaie exacte, avant d'inspecter chaque baguette de billard (comme si je savais ce que je faisais).

C'est un cri d'un de la gang à Joe qui m'a déconcentré. Dans un portugais emporté, il s'est mis à frapper sur sa machine. Il l'engueulait en portugais, pendant que la machine faisait scintiller ses lumières pour lui rappeler qu'elle venait de lui prendre sa plus grosse mise. Ç’a duré cinq minutes, mais ça aurait pu durer toute la nuit, si Joe n'était pas intervenu.

C'est qu'avant d'intervenir, Joe avait l'œil bien dans l'axe de la femme qui parlait de plus en plus rapprochée avec sa rencontre de la soirée. Malgré la colère de son ami, Joe s'imaginait être à cette même table à écouter parler cette femme qu'il trouvait belle. Joe n'avait pas eu de femme dans sa vie depuis les dix dernières années.

La femme parlait avec passion à son interlocuteur, qui feignait de vraiment l'écouter. En réalité, il travaillait à l'élaboration de la stratégie parfaite pour réussir à se faire inviter chez elle, pour y passer la nuit. Il pourrait ainsi partir le lendemain matin à son heure choisi. Pendant qu'elle continuait son monologue, l'homme poussa sa réflexion encore plus loin, pour en arriver à toutes les choses perverses qu'il voudrait lui faire. Tout d’abord, la prendre par en arrière.

Le pointage était de deux victoires contre rien. Je n'avais toujours par retrouvé ma touche de joueur de billard ou peut-être avais-je choisi la mauvaise baguette. On continuait de jouer, tant et aussi longtemps que c’était l'autre qui paye. Cette fois c'est Joe qui a rouspété, mais pas contre la machine.

Un de la bande exigeait (en portugais), que Joe lui laisse sa place. Joe savait très bien qu'il monopolisait cette machine depuis plus de trois quarts d'heure. Joe était chef ou plutôt leader de cette bande. Pour lui, céder sa place aurait été d'avouer qu'un simple de ses sujets avait raison. Le ton a levé dans le bar et Joe, tout en restant concentré sur l'écran, a marmonné quelques mots. L'autre a grogné, mais il s'est tu et Joe a pu placer sa mise la tête en paix.

On a fini la soirée accoudé au bar. Plus vraiment assoiffé, on s'est dis que c'était le meilleur moment pour commander deux autres bières. La serveuse s'est mise à nous raconter des histoires sur les opérations qu'elle avait subies. Nous, on buvait pour le plaisir. Soudain André est entré. Il devait être déjà deux heures. Il n'a même pas parlé, il s'est assis au bar et la serveuse est venue lui porter son café. Il venait tout juste de se réveiller et comme à chaque soir il venait boire son café. Pas pour discuter, pas pour lire le journal, ni pour miser sur des vidéos poker, juste pour boire un café. Il semble que la femme d'André lui a procuré une cafetière toute neuve, mais il est juste trop lâche pour s'attarder au fonctionnement de l'appareil.

On est partie, peu de temps avant la fermeture et pourtant, mis à part le couple (qui devait déjà avoir baisé à cette heure-là), on était les premiers à quitter l'endroit. Ils étaient tous encore là quand on est sortie; la serveuse qui tentait de convaincre Joe et sa bande de rentrer, pendant qu'André observait la scène en sirotant son café.

Avarice, colère, envie, luxure, orgueil, gourmandise, paresse.

jf daunais

Une destinée en blé entier

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Que fait-on quand on tombe amoureux d’une étrangère à l’épicerie du coin?

J’étais entré pour n’acheter qu’un pain. Comme je déteste l’ambiance des supermarchés, je faisais vite. C’est au tournant d’une rangée que je l’ai vu dans l’angle mort de mon œil gauche.

Elle inventoriait les produits sur une tablette, essayant de figurer si un de ceux-là auraient l’honneur de finir dans son panier. C’est à ce moment précis que j’aurais voulu être un yogourt. On ne se réincarne jamais dans le bon format. Maudit carma! Elle ne m’a pas remarqué tout de suite, trop préoccupée à marmonner les paroles d’une chanson provenant de ses écouteurs. Elle était belle, elle avait l’air ailleurs.

J’ai freiné sec, mes souliers ont criés tellement l’arrêt était abrupt. Je venais accidentellement d’attirer son attention. Il n’y avait que quelques secondes pour réagir. Des secondes qui ont toujours l’air d’une éternité. J’ai opté pour la traditionnelle feinte du gars que-finalement-c’est-pas-juste-du-pain-qu’il-me-faut. À vrai dire, je me foutais bien d’acheter en trop, l’important c’était d’être là le plus longtemps possible. Si cela occasionnait deux pintes de lait, quatre douzaines d’œufs, un surplus de pomme de laitue et des céréales pour huit mois, ça en valait le coup. Tout ce qui m’importait; garder un visuel clair de cette étrangère.

En s’engageant dans la rangée avec son panier, elle n’a pas eu d’autres choix que de me remarquer. J’obstruais pratiquement le chemin en feintant de m’intéresser à la date d’expiration d’un fromage. Une fois qu’elle avait passé devant moi, la filature pouvait enfin commencer.

Première constatation primordiale, elle achète en très petite quantité; un seul litre de lait. Je ne voyais pas comment on pouvait être amoureux avec si peu de calcium.

Deuxième constatation, ma faible subtilité en filature venait de me faire repérer. Pauvre idiot! C’est comme ça que je suis senti quand j’ai commencé la lecture du premier article à ma portée. De la farine? Peroxyde de benzoyle, amylase, riboflavine.

Ma chasse à « l’homme » était sur le point d’échouer, j’optai donc pour le plan d’urgence. Pour lui donner l’impression qu’elle se trompait sur mes intentions, je la dépassais, avec ma farine bien entendu, d’un pas nonchalant. Fallait à tout prix briser ses soupçons.

Je suis allé l’attendre dans la rangée du surgelé, avec pour stratégie de l’attaquer de face. Selon mes calcules, pas précis du tout, elle devait éventuellement déboucher au bout de la rangée du congelé. Inévitablement, j’aurais la chance de croiser son regard.

En l’attendant, je me suis mis à observer la vie aquatique des homards dans l’aquarium, servant de présentoir à leur achat. Ils avaient l’air de se trouver stupides d’être tombés dans un filet de pêcheur. Je fixais le plus gros, qui contrairement aux autres, cherchait à gagner la surface de l’énorme bocal. Y’a des jours, la vie est vraiment pourrie. Un matin il s’est dis qu’il changerait de chemin pour briser la routine. Y pouvait pas s’imaginer que ça finirait comme ça. Certains que piégé dans un aquarium, il doit s’ennuyer de la mer (et de sa mère).

- Pardon, s’cuse-moi.

Je m’enlève pour faire de la place et sans que je réalise mon inattention, elle est derrière moi. C’est elle qui me parle.

- …

J’avais pourtant gardé une vigile accrue de la rangée. Et elle était là, à quelques centimètres de mon épaule. « Mission Abord, Mission abord ».

J’ai battu en retraite pour aboutir à la caisse. Pendant que la farine, fromage, œufs et autres articles inutiles passaient au lecteur magnétique, je me mis à l’analyse : - Elle avait brisé les allées et venues des rangées – Elle avait donc sauté une rangée (probablement celles des articles ménagers) – AH! Elle ne pouvait que connaître l’endroit. C’était une explication satisfaisante.
En quittant, je savais qu’il y aurait un autre duel. J’ai pris mes sacs et je sortis de l’épicerie. Ce n’est qu’une fois chez moi que j’ai réalisé mon oubli. Le pain.


jf daunais

Pas obligé de brandir

chroniques dominicales


J'en ai vu sur les balcons, sur les antennes des voitures et même sur les capots. J'en ai vu accroché à un bâton, brandi haut dans les airs. J'en ai même vu qui se l'étaient accroché au cou pour en faire une cape. Ce que j'ai tant vu. Des drapeaux. Un morceau de tissus bleu et blanc, qui la plupart du temps avait assez d'énergie pour flotter aux vents, sinon il se repliait sur lui-même comme s'il était en plein sommeil.

C'est la St-Jean-Batiste, fallait que je m'attende à voir ressurgir les drapeaux que l'on garde au fond du garde-robe le reste de l'année. La fête du Québec, avec un drapeau comme porte-étendard. Un morceau de tissu pour identifier notre province (ou pour les plus souverainistes, pour identifier notre pays). Soudainement, pendant quelques jours de l'année, on surexpose un emblème. Les deux me causent problème; soient la surexposition et l'emblème.

Pour la surexposition, l'explication rationnelle est que tout le monde sort en même temps son drapeau et l'accroche à son char, normal que j'en vois autant. Quand même, est-ce si nécessaire de donner des milliers de petits drapeaux au premier passant; "Que tout le monde brandisse son drapeau, c'est la fête nationale". Avons-nous tant besoin d'agiter le fleurdelisé pour afficher une appartenance commune à notre culture? Soudain, je réalise que je ne connais même pas l'histoire du drapeau brandi. Quel est son origine, pourquoi le fleurdelisé, pourquoi le bleu et le blanc? Je me rends compte que, ce qui flotte devant moi, au fond, ne me dit pas grand-chose.

Avant que vous me portiez de mauvaises intentions, je ne crache pas sur le drapeau du Québec, mais sur tous les drapeaux. Ils sont pour moi, une connerie supplémentaire, qui ne sert qu'à diviser davantage l'humain. Me semble que le rapprochement entre différents pays est déjà assez difficile comme ça. En Irak, quand les soldats ont délogé la statue de Saddam Hussein, qu'est-ce qu'ils ont fait avant? Eh oui, ils lui ont mis un drapeau des states dans la face. Image forte, qui impose la vision du conquérant. Imaginez s'il avait fait la même chose, mais avec le drapeau de l'ONU ou encore mieux avec le drapeau irakien. J'ai utilisé les Américains comme exemple, mais on ne s'en sort pas ici non plus. Arrêtez d’être indigné et regarder donc les prochains olympiques. Vous compterez les drapeaux canadiens et après deux minutes, ça ne vous amusera plus du tout.

Je blâme que l'on est besoin d'un drapeau pour identifier le Québec. Le Québec ce n'est pas un drapeau, c'est plutôt celui qui le tient. C'est les gens qui y habitent, c'est l'histoire sur laquelle l'endroit s'est bâti. C'est des régions éloignées, une métropole, des villes, des centres-villes et des villages. C'est autant la nature que le bouchon de circulation. C'est le voisin qui passe sa tondeuse tous les dimanches et la caissière au supermarché. C'est quelque chose qui nous est propre, qui nous différencie. Et tout cela, ben ça ne rentre pas sur un drapeau. Et si vous voulez vraiment sortir le fleurdelisé, il faudrait que vous y accrochiez aussi le tissu des drapeaux italiens, grecs, pakistanais, irlandais, chinois. Parce que pour moi, notre nation n'est pas qu'un résultat, mais le résultat de tout ce qui forme le Québec.

Le drapeau n'est pas une question de fierté, c'est un concept dépassé à mes yeux. Ce n'est qu'une vieille tradition de pays guerriers et conquérants. Vous savez, certaines traditions ne sont pas toujours bonnes à garder. Pensez-y, mis à part une empreinte de botte, qu'est-ce que l'homme a laissé sur la lune. Un drapeau.

jf daunais

Me and a gun

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Aux États-Unis, en mars dernier, un jeune adolescent est à l’origine d’une des tueries les plus meurtrières depuis celle, malencontreusement célèbre, de Columbine. Le texte qui suit en est inspiré et romancé.

Je pense à ce jeune de 16 ans du Minnesota. Un ado comme tout le monde, avec les mêmes problèmes d’adolescents; l’acné, se faire accepter, trouver un peu d’argent. La routine. Rien de nouveau. Seulement, au lieu de laisser passer et de vieillir un peu, seulement, lui, il a opté pour une tuerie pour régler ses comptes avec la vie.

Je pense au sang froid qu’il a gardé après avoir tiré sur ses grands-parents. Une fois ces deux meurtres commis, c’était parti. Plus le temps de regarder en arrière. Pendant que les sexagénaires devenaient viande froide, le jeune était en route pour commencer l’achèvement de son œuvre.

Son fusil bien loader, il est entré à l’école comme un vrai cowboy. Le Far West comme le connaît l’Amérique. Tirer à vu. Tirer sur le premier venu. Il a ainsi envoyé se loger quelques balles dans le corps d’un enseignant. Pas tout à fait mort, celui-ci est resté à gémir au sol pendant une bonne heure avant d’achever.

Ainsi, le carnage a débuté en beauté. Le jeune a tué aléatoirement et en cherchant précisément. Les deux méthodes sont bonnes, tant que l’on tire du gun. Il aurait même aimé trouver la fille qui n’avait pas voulu de lui dernièrement (un autre tueur pas assez cool). Il lui aurait fait payer de plombs son refus, mais bon, il n’est pas tombé dessus. Puis la police est arrivée trop tôt ou trop tard. Ça dépend du point de vue.

Dans son plan, tout était clair et précis jusqu’à cette scène : plus personne sur qui tirer et les policiers sur le point d’intervenir. Le plan était maintenant plus flou, même s’il savait que c’était comme ça que ça devait se terminer.

Pour la première fois, le jeune a eu peur. Il a quand même tourné le canon vers sa tête et juste avant d’appuyer, il s’est rassuré en repensant à tous ces grands qui l’avaient fait avant lui : « D’Hitler à Cobain » qu’il s’est dis. « Puis maintenant il y a moi ». Bang.

jf daunais

Savoir écrire ses I.D.

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Une société moderne se dit moderne à travers plusieurs réalisations. Une de celle-ci est l'éducation et plus précisément le taux d'alphabétisation. Savoir lire et écrire est depuis que je suis jeune une priorité, pour semble-t-il, survivre dans le monde d'aujourd'hui. Ainsi, j'ai encore fraîchement en mémoire la publicité de Guillaume Lemay-Thivierge qui apprend à son père (Pierre Curzi) comment écrire le mot oeuf : "O-e-u-f". Reste qu'il y a encore des gens qui mènent une vie entière sans jamais avoir appris à lire, le film d'après-midi "l'ABC de la vie" vous le prouvera. Je ne remets pas en doute l'importance de savoir lire et écrire. Ce que je remets en doute ce sont les puristes qui n'acceptent pas de lire un texte s’ils y décèlent une faute. Autopsie de l'orthographe.

Rappelez-vous votre primaire avec ses dictées hebdomadaires ou votre secondaire avec l'apprentissage ennuyant du petit livre vert grammatical. La bible nommée "bescherelle". Pour l'histoire, sachez que je n’ai jamais hérité de petites étoiles dans mon cahier Canada pour mes dictées. Je ne veux pas remettre en cause le système scolaire, mais plutôt l'importance qu'on accorde à la façon d'écrire les mots.

Vous savez ce qui me fait peur, ce n'est pas les fautes d'orthographe (même si parfois ça paraît décourageant). Ce qui me fait le plus peur, c'est les idées derrière les mots. On s'inquiète sans arrêt sur la piètre qualité à écrire notre français, mais rarement on s'inquiète à savoir qu'est-ce qui est écrit. Ben oui, il y a plein de fautes, mais qu'est-ce que ça dit . Parce qu'avant les mots, ça devrait être le message qui prime. Si t'écris une insignifiance sans y faire de faute, bravo, mais ça reste une insignifiance et qu'est-ce qu'on peut s'en foutre si t'as rien à dire. Ton texte est bourré de faute, mais j'ai compris tout de même chacune de tes phrases et chacun de tes mots et en plus t'avais quelques choses de pertinent à écrire. Qu'est-ce que ça me fout que t'aie mis deux tt ou un seul, c'est pas comment t'as écris le mot qui m'importe, mais l'utilisation que tu en fais.

Vous êtes probablement pas d'accord et certains d'entre vous sont en train de compter mes fautes, comme pièces à conviction, pour me dire que je prêche pour ma paroisse. Certain que je prêche pour moi, ça doit être des années de frustrations qui enfin sortent. Quand je donne une carte de fête, pensez-vous que c'est bien de se faire dire que votre message à trois fautes. Ça serait pas mieux de s'attarder à ce que j'ai essayé de dire. Je sais que vous partagez pas mon avis et ça explique. On a été endoctriné. On nous a conditionnés à mettre un x à la fin du mot choux (au pluriel). On s'est tapé des années de durs labeurs à faire des dictées, à fouiller dans le dictionnaire à recopier le verbe être au plus-que-parfait. On s'est fait chier pendant des années à apprendre par cœur comment on devait écrire les mots. On a perdu des points dans des travaux qu'on avait vraiment bûchés (des points pour l'orthographe). Et moi, je viens vous dire que ça ne sert pas à grand-chose. C'est frustrant de penser qu'on aurait mis tant d'effort et que ça ne sert si peu.

Je voudrais bien qu’on m’explique un truc. Qu’est-ce qui régit et motive les biens penseurs de l'Académie française, qui décident subitement qu'on a le droit d'écrire des festivaux à la place des festivals? Ils sont qui pour décider ce qui doit faire partie de la qualité de notre langue ? De toute façon, leurs règnes est éphémères. Notre langue se dirige vers un changement majeur avec ces jeunes au cellulaire, qui s'envoient des messages textes basés seulement sur la phonétique. En-tu-k ça reste à voir, le débat n'est pas fini.
Surprenament,

jf daunais


N.B. Peut ton dire des chevals ou c'est encore des chevaux. On s'en fout, j'ai compris qu'il y en a plus qu'un.

Les Aberrations

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n.f. Erreur de jugement; stupidité. Elles sont partout, elles nous entourent. Elles sont petites et grosses. Elles touchent toutes les couches de la société. Parfois on en rit, sinon on en est atterré. Les aberrations sont ce qu'elles sont, par ce qu’elles dépassent ce que nous-mêmes on s'était imaginé.

Pour vous situer. Ce qu’on entend à la Commission Gomery, ça c'est de l’aberration à l'état brut. Des policiers qui tabassent un chauffeur de taxi et qui ne reçoivent qu'une tape sur les doigts, juste pour dire qu'ils ont été punis, ça aussi c'est une erreur de jugement. Une stupidité.

C'est pas tout. Voler un dépanneur sans se cacher le visage. Même chose. Ça prouve que les voleurs n'écoutent pas les nouvelles. Je vous l'ai dis, toutes les couches de la société y passent. Ça nous unit en quelque sorte. On peut toujours s'identifier à quelqu'un. Introduire la fille de la météo à la télé et de l'interpeller en mentionnant son nom en entier "Bonsoir Sophie Chiasson". Juste pour nous rappeler que c'est bien elle la saveur du mois. Profites en Sophie, Fillion est parti. Lui, une aberration sur deux pattes, qui criait liberté aussi fort que les américains en Irak.

Se faire suivre dans un magasin de vêtement, juste parce qu’on a une tronche de jeune. On est-tu vraiment tous des voleurs? Ou bien avoir peur aussitôt que l'on croise plus de trois jeunes, qui font juste flâner. Ils pourraient faire partie d'un gang violent et vous sauter dessus dès le dos tourné.

Une aberration ce n'est pas toujours gros comme le bras. C'est aussi subtil, comme un petit détail qui nous passe sous les yeux. C'est aussi quotidien que les chauffards qui accélèrent sur les rouges, mais qui par bonne conscience klaxonne pour vous avertir qu'ils pourraient vous écraser . La connerie humaine ça ne prend jamais de break et elle ne fait pas seulement vous entourer, elle fait aussi partie de vous. Désolé de briser votre tour d'ivoire. On est tous à un moment aberrant.

À la sortie d’un film, je mets souvent à déblatérer du boui boui d'intello manqué sur le cinéma. Vraiment, celui qui m'entend doit sûrement expirer de désespoir devant toute ma stupidité. Peut-être se retient-il pour ne pas rire trop fort.

Naturellement je parle d'aberration plus loufoque et pathétique, mais y'en aussi des plus dur qui blesse aussi. Je vous épargne, y fait beau.

Dernières quelques aberrations: ceux qui essaie de dépasser dans un line-up de cinq personnes. Une compagnie qui à presque main mise sur la diffusion de la culture au Québec. Les sandwichs au McDonald, pensez-vous vraiment qu'elles sont meilleures pour la santé que leurs hamburgers? Youppi, l’orange mascotte, qui est à vendre... Et pour finir, l'aberration suprême, qui aura lieu probablement aujourd'hui en ce premier jour de printemps. Porter fièrement le t-shirt et les shorts et avoir l'impression qui fait chaud. (Un coup parti prenez dont une pelle et répandez votre neige dans la rue. Votre gazon aussi est ben content que ça soit le printemps).

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Tiré de "Noce de Papier" de Réal-Gabriel Bulold, p. 85: "Mascouche ressemble, à n'en point douter, à une petite ville du New-Hamphire avec ses façades de maisons en briques rouges, ses toits biscornus en tôle argentée ornés de lucarnes ciselées et ses galeries décorées de fines dentelles blanches protégées par de grands arbres centenaires". Le livre à été écrit en 2002.

Si vous ne riez pas après ça. La preuve que la littérature aussi à ses aberrations.

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Un mot d'encouragement pour les étudiants (ben oui ceux qu'on trouve qui chialent, alors qu'on était étudiants y'a pas si longtemps). Donc encouragez-vous, hier un mendiant m'a demandé "un peu de change", mais lorsqu'il a vu que je portais un carré rouge s'est rétracté et m'a simplement dit de ne pas lâcher. Y'a des moments où les aberrations deviennent touchantes.

jf daunais

La loi de la Moyenne

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N'imaginez surtout pas que je vais vous entretenir sur des moyennes ponctuées de chiffres et statistiques. De toute façon, on m'a enlevé la faculté de comprendre les mathématiques dès l'enfance. Il existe donc une autre moyenne. Vous allez faire "ah ben oui" quand je vais vous le dire. Vous êtes prêts ; Le citoyen moyen. Celui qui traduit la pensée globale du reste de la population. Mais c'est qui le citoyen moyen? Et qu'est-ce qui le rend si moyen? Son compte en banque, son emploi, ses achats, ses opinions? Moyen comment?

Il existe pour représenter l'ensemble de la masse. Il a probablement un début de calvitie, qui tente par tous les moyens de cacher en portant une casquette de baseball. Il possède sûrement deux autos, mais il en préfère une, celle qu'il lave plus longuement les dimanches. Il baise sporadiquement, de temps en temps, mais il baise moins qu'avant. Le citoyen moyen achète par crédit, fait rouler l'économie, mange des plats congelés, va reconduire ses enfants à leurs pratiques de soccer, hockey, natation et cours de piano. Il est l'opinion globale de notre société.

Il est arrivé quelque chose de surprenant cette semaine, quelque chose qui redonne un peu de crédibilité à ce que l'on nomme la démocratie. Cette semaine donc, Jean Charest a reculé sur un projet. Il a senti que l'opinion publique n'était pas en faveur de son idée de subvention. D'abord bravo Jean. Sérieusement, bravo d'avoir fait le mea culpa, mais surtout d'avoir admis tes torts. On voit ça trop rarement en politique. Ils font tellement de gaffes nos politiciens, mais c'est pas souvent qu'ils l'admettent. Donc bravo encore Monsieur Charest, mais trop tard.

Deux fois en deux ans que l'opinion publique fait changer une décision. Avant celle-ci, il y avait eu le Suroit. Tout ça est en partie dû au citoyen moyen. Ben oui, le même qui fait son épicerie dans deux endroits différents pour sauver un peu plus. Le citoyen moyen s'est fâché, il s'est levé, il est sorti de son fauteuil confortable, pis il a dit « ça pas d'allure ». C'est pas la grosse mobilisation, mais c'est déjà un pas dans la bonne direction.

Est-ce que le citoyen moyen se serait réveillé? Va-t-il profiter de ce pouvoir face à une bureaucratie qui rit souvent de lui?

J'irai pas jusqu'à dire qu'on entre dans une nouvelle ère. Le citoyen moyen c'est aussi lui qui vit de moins en moins en communauté et de plus en plus en individualité. Paradoxale, non? C'est sûr qu'en changeant les couches du petit dernier, le citoyen moyen se demande ben comment il va faire pour arriver à la fin de l'année. J'pense qu'il commence à lentement péter les plombs le citoyen moyen. Disons que ce n'est pas le temps de déréglementer les lois sur les armes à feu. Ça pourrait faire mal.

Là-dessus, le citoyen moyen trouve aussi qu'il fait froid ces temps-ci. Météo, une chance qu'on t'a.

jf Daunais