jeudi 27 décembre 2007

Les vices cachés

J’en suis à mon trentième Noëls déjà expérimentés. Je commence à avoir un bel aperçu du sujet. La dinde, le sapin, le ketchup maison, l’échange cadeau, les danses, les manteaux sur le lit, s’habiller propre, boire et manger, alooouuueeeettte. C’est très simple, Noël est une règle grammaticale. C’est le passé, le présent et le futur à la même date, à chaque année.

Par réconfort peut-être, mais immanquablement, il y a un patern, une routine préétablie, qui nous ramène au même point de départ. Une répétition. Le temps des fêtes, c’est comme passer Go au Monopoli. Je ne suis même plus sûr si je trouve ça rassurant ou non. Mais bon, décembre est conçu comme ça. Avec une pléiade de rendez-vous familiaux. Pis une fois qu’on a fait le tour, on fait ouf et on se détache la ceinture pour faire prendre l’air à notre bedaine nouvellement née.

Et derrière cette magie de Noël. Derrière ce lustre illuminé à coup de lumières décoratives, qui a-t-il vraiment?

Un soupé familiale où vous feintez l’intérêt de voir votre cousine, que vous ne voyez qu’annuellement (et en lui parlant cinq minutes, vous vous rappelez pourquoi). Et que dire, de ces jeux inventés, qui pour la seule fois de l’année rendront votre mère compétitive. Ces mêmes jeux – souvent empruntés à un quiz télé- qui finiront sur une tablette pour être remplacés par d’autres l’année suivante.

Les vices cachés du temps des fêtes ne sont pas que familiaux. Quand vous magasinez vos cadeaux, là aussi ça pullule. Quand vous demandez à un commis de vérifier la disponibilité d’un produit dans son backstore, il ne le fait pas vraiment. Désolé de briser vos illusions.

Premièrement, il sait très bien que l’entrepôt déborde et qu’il n’a aucune chance de trouver l’objet demandé. Deuxièmement, pour lui, se rendre dans le backstore, ce n’est que le prétexte parfait pour aller se prendre un moment de répit à la frénésie des fêtes. Troisièmement, il sait qu’en allant voir, il vient de se débarrasser de vous, car une fois sa gorgée de café prise, il prend son air désolé et vous annonce la veine recherche. Pauvre de vous, et en plus vous le remerciez pour son effort.

Noël est en lui-même un vice caché. Ne croyez pas que le beau sourire de la caissière s’adresse spécifiquement à vous. C’est un sourire de contre-emploi. Le même qu’elle abordera sur les photos de famille en plein réveillon.

On peut adorer ou non Noël, ce n’est qu’une question de perspective. À quel endroit vous situez vous dans cette montagne russe? En pleine ascension; vous avez des enfants et soudain votre plaisir est revenu à travers les yeux de votre plus jeune. Au contraire, vous êtes dans une rapide descente; vous vivez Noël comme une répétition, un moment qu’il faut passer au travers. Vous vous dites que cette fête-là, c’est bien la pire. Au moins les autres ne durent que quelques heures à peine.

Et dans la redite général, on se dit que l’année prochaine on fera ça différemment.

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Bien que le temps de l’année soit à l’amour, la paix, la trêve et tout autre sentiment mielleux, je ne peux m’empêcher d’exploser.

Depuis au moins cinq ans que ça dure. Les fameux tchin-tchin.

On remplit les verres et on les lèvent bien haut. On est content d’être content. Ça, ce me va encore, mais ça se gâte juste là.

Une fois qu’on entame l’entrechoquement des verres, il se passe quelque chose qui me dépasse. Une loi non-écrite, conventionnée par je ne sais quel prêchi-prêcha de la bienséance: le regard. Maintenant, il faut regarder chaque convive dans les yeux. Très important d’avoir un eye contact avec les 18 invités. Sinon quoi?

D’abord le mythe. Sept ans de mauvais sexe. Mais qu’est-ce que cette menace par les couilles? Quand t’as pas de sexe tout court, tu te contentes même de mauvais sexe.

Sinon. Le regard c’est un décorum un peu lourd. Ça devient un peu con de planifier un toast. D’évaluer si j’ai bien yeuté de fond en comble chaque pupille des convives. Comme si c’était plus personnel de cette façon. Moi, je n’embarque plus.

Tiens, pour le temps des fêtes, je me pratique à loucher. Juste pour augmenter le coefficient de difficulté de tchin-tchin. Et je prends une chance pour le mauvais sexe.

Jf daunais

mercredi 5 décembre 2007

Pendant que l’hiver sévit


Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas entretenu! Pis, depuis la dernière fois, quoi de neuf ? « Same old, same old ». Je sympathise, moi aussi. On pourrait tout aussi dire que les mois de novembre passent et se ressemblent tous. Pauvre novembre, toujours placé juste avant les fêtes. Négligé pas par choix.

Ces dernières semaines, j’ai trouvé une petite merveille à la télé. Au canal Vox à ma grande surprise. Ce canal qui n’est que visionné pour connaître la sacro sainte température extérieure.

J’ouvre une parenthèse (il y a deux types de québécois. Les deux caractérisés par la température.
Il y a le plus rationnel, qui se gave de statistiques. Lui, il reste au chaud chez lui et il tente de se figurer comment froid ça peut bien être -7.
L’autre québécois, lui, n’allume ni télé, ni radio. Il met son nez dehors quelques secondes et il établie sur sa propre échelle le type d’habillement pour la journée. Deux québécois, le même degré Celsius).

Donc, sur Vox, sévit le show le plus drôle. Bien avant drôles de vidéos, les gags tva, les festivals juste pour rire 1992 au canal D ou Pierre et Yvon au hockey. Ces temps-ci, l’incontournable se déroule dans des salles de conférences aux tapis gris à motifs. « Bouchard et Taylor en tournée ». Deux intellectuels qui sillonnent le Québec pour écouter les discussions de cuisines exposées au grand jour.

Je ne sais pas ce qui est le plus drôle. Le public, qui par sa prise de la parole, réussit à conjuguer des noms communs et qualifier des verbes. Mais la force du show est aussi attribuable au sens de la répartie de Bouchard. Toujours à propos, juste assez baveux. Il a sa façon plein d’esprit de ridiculiser les commentaires absurdes.

Parenthèse. (Mr Taylor et Bouchard sont d’excellentes caricatures de l’anglo et du franco du Québec.
Le plus réservé Taylor, patiente lentement avec une moue et un sourire chargé de double sens. Une petite réplique, pas trop appuyée, insérée entre deux phrases. Quelque chose qui a voir avec l’humour British. L’accent en moins.
Quant au franco, lui, c’est plus gras, plus mononcle. Bouchard, est un fast shooter. Il n’en manque pas une. Appelle-on ça de l’humour à punch. Ensemble, ils forment tout un duo).

Je suis déjà attristé de voir cette commission d’accommodements raisonnables prendre fin. Que reste-t-il pour me marrer un bon coup avant le trop plein de boxing day qui dur un mois? L’enquête publique sur Mulroney? Pour rendre ce somnifère comique, ramenez vivement l’ex-juge Gomery.

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Pendant que je vous écris, les miss météo du pays ont un stress supplémentaire sur les épaules. Ce sont soirs de grande écoute. Un soir de tempête. C’est toujours bon pour la nouvelle.

Certains s’intéresse aux chiffres : 37 cm, -5 degré Celsius, 3 cm pour demain. D’autres sont fascinés par les images montrant la tempête : une sortie de route, des gens déblayant leurs entrées. Mais peu importe, les deux ont compris que l’hiver est arrivée.

Moi, j’ai compris il y a semaine déjà. C’était ma dernière sortie vélo. J’en aurais pris plus, mais le lendemain matin, vêtue comme un coureur des bois, je n’ai pus reprendre mon vélo. C’était finalement l’hiver. Mon cadenas était gelé pour la saison.

jf daunais